24.02.2009

"Une grande émotion"

L'Ensemble Matheus remporte le Grand Prix du Disque du Télégramme avec un album sublime : « Nisi Dominus, Stabat Mater », de Vivaldi. C'est la première fois qu'une formation classique devient lauréate. Cette sixième édition établit un nouveau record de participation avec 86 candidats bretons défendant tous les styles.

« C'est géant ! Nous sommes très heureux et très fiers de recevoir le Grand Prix du Disque du Télégramme. C'est une grande émotion ». Jean-Christophe Spinosi et les membres de l'Ensemble Matheus ont beau avoir reçu les plus prestigieuses distinctions en France et à l'étranger, ils sont loin d'être blasés. « On a eu la chance d'avoir déjà pas mal de récompenses, mais elles restaient dans le domaine de la musique classique, décernées par des spécialistes. Ce qui nous touche particulièrement dans le prix du Télégramme, c'est qu'il est généraliste et que des lecteurs ont voté pour nous ». Plusieurs membres du jury avouaient qu'ils n'auraient jamais cru au départ donner leur voix aux Matheus. Parce que le classique n'appartenait pas à leur univers. Mais, depuis des années, la magie de la bande à Spinosi est de faire tomber les frontières qui voudraient réserver une « musique savante » à une élite. « Le grand mérite que possède ce prix, s'enthousiasme le chef d'orchestre, c'est de démontrer que lorsqu'on peut mettre des personnes en situation d'écouter cette musique, elle leur parle à tous les coups ! ».

Une musique très moderne

Surtout si elle est jouée par un tel ensemble. L'album lauréat reprend des oeuvres de musique sacrée d'Antonio Vivaldi que les Matheus ont longuement mûries en concert. Avec les voix du contre-ténor Philippe Jaroussky et de la contralto Marie-Nicole Lemieux, elles atteignent leur quintessence. « Elle a beau avoir trois siècles, c'est une musique très moderne finalement, note Jean-Christophe Spinosi. Il y a des passages qui font musique de film. Ils éveillent des images chez tout le monde ». Comme ce « Cum dederit... », quatrième titre du « Nisi Dominus », que chante Philippe Jaroussky. L'air est très célèbre. Pourtant, il n'avait jamais semblé libérer autant d'émotion que dans ce disque. Un coup de génie de Jean-Christophe Spinosi qui n'a pas hésité, au dernier moment, à demander au chanteur et à l'orchestre de réduire le tempo. Pour un effet miraculeux. Ce qui distingue l'Ensemble Matheus du commun des orchestres, c'est sa faculté à bousculer les interprétations convenues en réveillant les émotions originelles d'une oeuvre. Voilà pourquoi il se produit dans les plus prestigieuses salles d'Europe et d'ailleurs (exemple : le Carnegie Hall de New York). C'est encore la raison qui lui vaut d'être invité d'honneur des prochaines Victoires de la Musique classique. Ses trois passages seront télévisés en direct dimanche prochain, à partir de 16 h 20, sur France 3. Les dix albums des Matheus (dont quatre opéras), enregistrés depuis 1996, suscitent un même engouement. « Heroes », déjà consacré à Vivaldi, avec Philippe Jaroussky, a été la meilleure vente classique de 2007 (disque d'or). Cet album avait été enregistré à l'auditorium de l'École de musique de Brest. Le « Nisi Dominus, Stabat Mater » a été, pour sa part, gravé salle Surcouf. « On a enregistré à Brest parce qu'on y vit et qu'on y travaille. Nous tenons beaucoup à notre identité brestoise », sourient les musiciens.

 Frédéric Jambon

07.02.2007

Ensemble Matheus. "Griselda"

OPERA 

(NAIVE)

 

ALBUM COUP DE COEUR 2006

 

Coup de coeur d'Yvon Jézéquel, directeur de Dialogues Musiques à Brest

« Depuis le début, l’Ensemble Matheus crée quelque chose d’inédit dans le classique, invente une nouvelle façon de jouer Vivaldi. Pour ce triple album, l’orchestre brestois a fédéré une équipe de chanteurs fabuleuse. Les arias procurent une émotion absolue, l’énergie et le plaisir de jouer sont communicatifs. Cette production s’avère très aboutie, très mature. C’est vraiment du grand Matheus ».

 

medium_pochette_griselda.2.jpgNouvelle première mondiale pour l’Ensemble Matheus. La formation brestoise vient de sortir un triple CD de l’intégrale de l’opéra d’Antonio Vivaldi, « Griselda ». Une fois encore, la critique internationale applaudit à tout rompre. Entretien avec Jean-Christophe Spinosi, l’incandescent chef d’un orchestre que le monde des mélomanes nous envie.



A peine sortie, votre version discographique de l’opéra de Vivaldi « Griselda » concentre les honneurs de la critique. Qu’est-ce qui lui plaît tant chez vous ?

Je préfèrerais que ce soit elle qui réponde. Mais dans ce qu’on peut lire, on note qu’elle apprécie le travail très important de recherche qu’on effectue avant d’enregistrer une oeuvre ainsi que l’interprétation personnelle et l’investissement émotionnel qu’on y met. Ce qui revient  régulièrement dans les commentaires, c’est le mélange à la fois scientifique et intuitif qui caractérise notre travail. Il est présenté comme de la mécanique de très grande précision, mais pas de la froide mécanique.

En quoi « Griselda » diffère des deux autres opéras de Vivaldi que vous avez déjà enregistrés ?

Le premier, « La verita in cimento », écrit en 1720, était une oeuvre de jeunesse, même si elle est très achevée. C’est un opéra spectaculaire où la musique instrumentale tient un rôle de protagoniste. « Orlando Furioso » a été créé en 1727. Vivaldi y a développé son sujet préféré, l’histoire d’un chevalier très puissant trahi par son amoureuse et qui va sombrer dans le désespoir et la folie totale. Pour suivre les divagations psychologiques du héros, il a fait exploser toutes les conventions de l’époque. On peut dire qu’il s’est complètement lâché pour montrer comment lui voyait l’opéra. Le résultat est génial. Seulement à sa création, l’oeuvre n’a pas remporté de succès. Du coup, Vivaldi est revenu à la forme en vogue, celle de l’opéra napolitain. Mais si « Griselda », en 1735, suit ces codes de l’opéra napolitain, le compositeur le fait sans jamais baisser sa culotte. C’est comme s’il jouait à toiser la mode en prenant le parti de multiplier les airs très virtuoses,faisant alors encore mieux et plus dingue que ses contemporains.

Vous avez confié le rôle-titre de « Griselda » à la contralto canadienne Marie-Nicole Lemieux, qu’« Orlando Furioso » avait révélée à l’échelle internationale. Devient-elle une vraie Matheus ?

Si l’on veut ! C’est vrai qu’avec Marie-Nicole, mais aussi le contre-ténor Philippe Jaroussky (comme d’ailleurs les autres chanteurs lyriques), on arrive à former une vraie équipe. L’Ensemble Matheus a lancé ces deux solistes dans le grand bain et on est vraiment très fier d’avoir pu contribuer à leur reconnaissance sur les grandes scènes.

Vous avez obtenu la Victoire du meilleur album de  musique classique avec « Orlando Furioso ». Quel i mpact cela a-t-il eu en terme de vente de disques et de dates de concerts ?

L’impact a été formidable. Je ne connais pas les chiffres exacts parce qu’on a vendu aussi beaucoup de disques à l’étranger, mais le total s’élève à plusieurs dizaines de milliers. Outre la Victoire, le disque a obtenu beaucoup de récompenses : son équivalent allemand, des prix importants en Espagne, en Belgique, en Angleterre, aux Etats-Unis... Et pour ce qui est des concerts, on est obligé d’en refuser sans cesse.

Les jeunes générations semblent encore réfractaires à la musique classique : que faire ?

Il ne faut pas laisser le carcan de la présentation bouffer le contenu. Nous, nous essayons d’être simples dans notre attitude scénique et dans notre interprétation : que la musique vive ! Et on a constaté en dix ans un important renouvellement du public qui vient à nos concerts. Il a beaucoup rajeuni. Je pense que les gens sentent que tous les projets qu’on entreprend nous tiennent vraiment à coeur : on ne fera jamais de l’alimentaire. Bientôt, on jouera à Suresnes avec Herwann Asseh, le chorégraphe de hip hop avec qui on collabore régulièrement. On présentera « Expérience 4 » à cette manifestation qui est un peu l’équivalent du Festival de Bayreuth en matière de danse de rue ! L’année dernière, quand on avait joué le spectacle au Quartz de Brest, de jeunes rappeurs venus spécialement pour Herwann Asseh m’avaient dit à la fin : « Je croyais que tu faisais de la musique de grand-mère, mais c’est trop bien ! ».


Propos recueillis par Frédéric Jambon


 


11.02.2005

Ensemble Matheus. "Orlando Furioso"

medium_04_MATHEUS.jpgOPERA

(NAÏVE)


Pour cet album extraordinaire, l’Ensemble Matheus a remporté la Victoire de la musique classique consacrant le meilleur enregistrement de l’année. Depuis sa base brestoise, il fait souffler sur la musique baroque un vent révolutionnaire, mélange dépoussiérant de fougue, de virtuosité et d’authenticité. Dans ce coffret de trois CD, l’orchestre, que dirige le charismatique Jean-Christophe Spinozi, présente la première version enregistrée dans son intégralité d‘un chef d’œuvre d’Antonio Vivaldi : l’opéra « Orlando Furioso ». Il le restitue scrupuleusement dans sa version originale, créée à Venise en 1727. Une interprétation d’ «Orlando Furioso » nécessite de posséder sept solistes vocaux aux talents d’exception. L’Ensemble Matheus a trouvé la distribution idéale. La contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux tient le rôle-titre tandis que l’époustouflant contre-ténor français Philippe Jaroussky et la célèbre mezzo-soprano américaine Jennifer Larmore sont d’autres remarquables interprètes de ce drame héroïco-magique. Un livret de 150 pages permet de suivre l’intrigue.