07.02.2007
Renan Luce. "Repenti"
CHANSON FRANCAISE
(BARCLAY/UNIVERSAL)
Dès son premier album, l’ex Morlaisien Renan Luce a su se concilier les bonnes grâces des auditeurs et de la critique. Des débuts prometteurs illustrés par « Les voisines », premier titre très enlevé actuellement diffusé sur les ondes. Cette singulière histoire de voyeurisme est un bel échantillon de l’imaginaire débridé du chanteur. Voix éraillée, ambiance folk voire country, Renan Luce décline, avec une sorte de mélancolie joyeuse, une galerie de personnages atypiques : un ancien affranchi de Little Italy planqué dans la banlieue de Dijon (« Repenti »), un fossoyeur narcoleptique (« Monsieur Marcel »), une « Camelote » ou… une feuille (« Je suis une feuille »). Renan Luce a pris son envol mais il n’a pas tourné le dos à sa Bretagne. « Je garde une boussole pour revenir sur mes pas », assure-t-il dans « Mes racines », son titre le plus personnel, et le plus réussi.
Samuel Uguen
DISQUE ELU MEILLEUR PREMIER ALBUM 2006
"UN GRAND BONHEUR"
« Ce prix du Télégramme du meilleur premier album me procure un grand bonheur, savoure Renan Luce. Parce que le disque contient pas mal de chansons que j’ai écrites en Bretagne. Il concrétise en quelque sorte le rêve que j’ai nourri pendant longtemps en grandissant près de Morlaix ».
Le chanteur ajoute modestement avoir « beaucoup de chance» En constatant l’accueil que lui réserve le public depuis des mois.
Créer une ambiance
Ses admirateurs (trices) se recrutent parmi les amateurs d’une chanson française en plein renouveau. Beaucoup de spectateurs l’ont découvert dans l’exercice périlleux des premières parties de Bénabar ou Thomas Fersen. A chaque fois, ils sont entrés avec délice dans le monde du Morlaisien qui sait si bien capter leur imaginaire.
Les treize chansons de son album « Repenti » se dégustent comme autant de petites nouvelles.
De sa voix chaude, légèrement éraillée, Renan Luce sait vous faire partager les pensées d’un mafioso repenti, vivre les émois que procure la vision des lingeries d’une voisine, exprimer l’angoisse de la page blanche telle que la feuille de papier elle-même la ressent…
« J’aime faire rentrer les gens dans un univers un peu particulier, rapporte l’artiste. Dès les premiers mots, il faut créer une ambiance, essayer de situer le lieu, la personne. L’intention est d’embarquer l’auditeur dans une histoire le plus souvent imaginaire, en utilisant les images poétiques les plus à même d’exprimer un sentiment ».
Ses premiers concerts en tant qu’auteur-compositeur-interprète datent d’il y a huit ans, lorsque le patron du bar le Sablier à Rennes lui a ouvert sa petite scène. C’était la concrétisation d’une vocation de chanteur sans cesse affirmée. « Depuis vraiment petit, c’est toujours ce que j’ai voulu faire le plus », se souvient le musicien aujourd’hui âgé de 26 ans.
Après un passage par Toulouse, Renan Luce part à la conquête de Paris. Pendant un an, il interprète ses chansons tous les dimanches dans un petit théâtre à Paris. Un directeur artistique de chez Barclay/Universal l’y repère. « Repenti » sera le fruit de leur collaboration.
C’est la première balise d’une carrière qu’on souhaite aussi riche à Renan Luce que fut celle de ses modèles : Brassens, Brel et Nougaro.
Frédéric Jambon
Site officiel : http://renanluce.artistes.universalmusic.fr
23:05 Publié dans Edition 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : renan luce, morlaix, chanson, prix du disque
Erik Marchand. "Unu, daou, tri, chtar"
BRETAGNE-BALKANS
(INNACOR/L'AUTRE DISTRIBUTION)
Erik Marchand poursuit avec constance et brio la construction d'un subtil mélange entre cultures bretonne et balkanique. Plus flamboyante que jamais, cette jeune musique hybride, qui se joue avec une splendide virtuosité, affiche une maturité imposante et un charme irrésistible. Cette éclatante légèreté de jeu qui invite à la fête contraste violemment avec la profondeur troublante qui apparaît rapidement au détour de thèmes qui ramènent à la dureté de la vie ; notamment avec « Jaurès », la chanson culte signée Jacques Brel, dont le quatuor fait ici une magistrale interprétation en breton et en français. Faisant passer l'auditeur d'une émotion à une autre avec une extraordinaire facilité, Erik Marchand (chant), Costica Olan (taragot), Jacky Molard (violon) et Viorel Tajkuna (accordéon chromatique) prouvent, une fois de plus, la pertinence de l'existence de cette musique intense !
Michel Baron
ALBUM COUP DE COEUR 2006
Coup de coeur du Yann Tiersen, président du jury
« J’aime le travail qu’effectue Erik Marchand depuis pas mal de temps. Parce qu’il sort des sentiers battus et qu’il est un musicien très ouvert. Parmi les titres de son album, sa reprise en breton de la chanson "Jaurès" de Jacques Brel m’a beaucoup touché ».Site : www.innacor.com
17:25 Publié dans Edition 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : marchand, molard, olan, tajkuna, musique du monde, chant breton, prix du disque
Soïg Sibéril. "Lammat..."
GUITARE CELTIQUE ELECTRO
(COOP BREIZH)
ALBUM COUP DE COEUR 2006
Coup de coeur de Gwénaëlle Fleur (Le Télégramme)
« Comme des notes sur une partition, les subtiles touches électro habillent tout en volupté les cordes de Soïg Sibéril, conférant aux mélodies celtiques de ce bel album une atmosphère unique. Et lorsque la voix de Nolwenn Korbell ou la trompette d’Eric Le Lann enveloppent les perles délicates de « Lammat... », on se laisse gagner par l’apaisement, la douceur, la sérénité. Une certaine idée du bonheur musical peut-être...».
Guitariste celtique de référence, le Breton Soïg Sibéril aime promener sa musique dans des paysages nouveaux. Son dernier album s'ouvre aux musiques électroniques avec un bonheur contagieux.
« C'est vraiment la collaboration la plus inattendue qu'on ait faite », sourient les membres du duo électro Abstrackt Keal Agram à propos de leur participation au disque de Soïg Sibéril, « Lammat... ». « Même chose pour moi », renchérit le guitariste, qui ne peut que se féliciter de la complicité nouée avec les Morlaisiens.
Son nouveau disque est basé sur un mélange de certitudes et d'audaces. Les amateurs du jeu si caractéristique de Soïg Sibéril ne seront pas déroutés à son écoute. Le musicien reste fidèle au style qui lui a permis de devenir dès la fin des années 70 un guitariste folk de référence dans les pays celtiques. L'homme qui a développé la pratique de l'« open-tuning » (accord ouvert) en musique bretonne suit un parcours exemplaire. Il a été l'acteur de quelques-unes des plus belles aventures d'inspiration traditionnelle des deux dernières décennies au sein des groupes Kornog, Gwerz, Pennou Skoulm, Den... Aujourd'hui, l'artiste basé à Trébrivan, dans les Côtes-d'Armor, est membre-fondateur des Ours du Scorff, participe à la formation de Denez Prigent et se produit régulièrement dans différentes formules en duo et trio. « Lammat... » est le sixième album qu'il sort sous son propre nom.
« J'y reste fidèle à un style de guitare bien marqué, qui peut être assimilé à de la musique traditionnelle,
explique-t-il.
Mais j'aime aussi que l'environnement, les ambiances changent autour de moi. Ce qui me plaît avant tout, c'est de ne pas rester figé ».
« Lammat... » illustre ce goût de la découverte en étant le point de rencontres d'artistes d'horizons très divers. Les présences du guitariste électrique quimpérois Patrice Marzin et de la chanteuse douarneniste Nolwenn Korbell ne surprennent pas. Ils jouent régulièrement avec Soïg Sibéril. Par contre, celles du Costarmoricain Eric Le Lann, trompettiste de jazz de notoriété mondiale, et des Finistériens d'Abstrackt Keal Agram - 25 ans plus jeunes et encensés par la critique électro - font sensation. En échangeant leurs vocabulaires, ils ont su trouver un langage commun porteur d'émotions rafraîchissantes et vraies.
INTERVIEW
Soïg Sibéril et les deux membres d'Abstrackt Keal Agram (A.K.A), Lionel Pierres et Tanguy Destable, ont évoqué pour nous leur collaboration sur le disque « Lammat... ».
(à Soïg Sibéril) Qu'est-ce qui vous a donné envie de travailler avec des musiciens spécialisés dans l'électro, et plus particulièrement ceux d'Abstrackt Keal Agram ?
SS.- Lorsque je joue de la guitare en solo, il m'arrive régulièrement d'utiliser un Delay. C'est un appareil qui permet de superposer des phrases musicales jouées en temps réel et de créer ainsi des boucles. Cela donne un côté répétitif, des « tourneries » comme dit Tanguy, que l'on retrouve aussi dans les musiques électroniques. Je me suis demandé s'il n'y avait pas moyen de trouver un passage entre ce que je fais habituellement à la guitare et l'électro. Je suis membre du groupe de Denez Prigent et lui ai fait part de cette envie. Il m'a dit connaître deux gars de Morlaix qu'il avait rencontrés lorsqu'il avait reçu le Grand Prix du Disque du Télégramme. C'étaient Tanguy et Lionel d'Abstrackt Keal Agram. Je ne connaissais rien d'eux, même si j'ai vite appris en en parlant autour de moi et en allant voir sur des sites internet qu'ils étaient très appréciés dans leur milieu. J'avais d'autres propositions, mais je me suis dit que même si l'univers d'Abstrackt est loin de la gavotte et du plinn, ils sont quand même en contact quelque part avec la musique du pays où ils vivent, et qu'il pourrait y avoir des accointances.
(à A.K.A) Et vous, qu'est-ce qui vous a séduits dans la proposition de collaborer avec Soïg ?
TD.- La possibilité de faire sortir Soïg de son territoire et nous-mêmes du nôtre pour aller sur une nouvelle route. On ne le connaissait pas, sinon de réputation, et tous les gens autour de nous nous ont dit à quel point c'était un grand musicien. Surtout, on a senti qu'on n'arriverait pas chez un ayatollah de la musique bretonne qui nous dirait, attention, ça se joue en six temps et pas autrement !
LP.- On a tout de suite senti la sincérité de sa démarche. C'est Soïg lui-même qui nous a appelés, ça ne sentait le truc d'une maison de disques qui voudrait faire un coup de marketing.
Comment avez-vous travaillé sur les parties de guitare dont il vous envoyait les enregistrements avant les sessions ?
TD.- Moi, j'ai beaucoup bossé sur la rythmique. J'ai essayé de chercher un côté organique, avec des claquements de doigts, des sons qui font parfois penser au bodhran ou aux bones (NDLR : tambour irlandais et percussions traditionnelles) et puis aussi des choses beaucoup plus numériques. Lionel a plus fait les ambiances, les nappes, les synthés. Mais sans excès. Ça devait être et ça reste avant tout un disque de guitare de Soïg Sibéril.
Quelles ont été vos plus grandes surprises ?
LP.- Je percevais l'univers de Soïg comme très ancré dans le monde celtique. Mais en fait, quand tu décortiques un morceau, tu te rends compte qu'il y a d'autres influences, qui peuvent faire penser à de l'afro-beat par exemple. Sa musique est finalement beaucoup plus métissée et world qu'il n'y paraissait.
Votre morceau « Medley » est particulièrement métissé. Quelle est son histoire ?
SS.- A la guitare, il commence par un enchaînement de traditionnels bretons, se poursuit avec une composition écossaise de Donald Shaw et finit sur de l'irlandais. C'est comme ça que se présentait le bébé quand je l'ai confié à Abstrackt. Lorsque Tanguy m'a donné le CD où ils avaient enregistré leurs parties sur ma guitare, il m'a prévenu : «J'espère que ça va te plaire, parce que c'est un peu osé ! ». J'ai éccouté le résultat en voiture. J'ai bondi et poussé le son à fond en criant : c'est génial !
TD.- La surprise, c'était que sur la fin du morceau, j'ai pris des samples de voix de gros rappeurs du Bronx. Je les ai redécoupées pour qu'elles viennent former cette espèce de rythmique bien tonique.
(à Soïg Sibéril) D'autres musiciens, qu'on n'attendait pas forcément, comme le jazzman Eric Le Lann, interviennent également sur « Lammat... ». Pourquoi avoir fait appel à eux ?
SS.- Il y a d'abord Patrice Marzin. Il est complètement au coeur du disque, tant au niveau de la production artistique que du jeu, puisqu'il fait de la guitare électrique et slide sur différents morceaux. On se connaît depuis des années et d'ailleurs on continue à jouer ensemble au sein du trio de guitares PSG. Quand on a commencé « Lammat... », Patrice venait de travailler avec Eric Le Lann sur son disque « Origines ». Il m'a dit que ce serait super s'il y avait de la trompette bouchée sur certains de mes morceaux. On a contacté Eric Le Lann et il a adhéré au projet. Quant à la participation de Nolwenn Korbell sur une chanson, elle est logique puisqu'on collabore souvent en duo. Mais ici, je voulais qu'elle utilise sa voix un peu différemment : plus parlée au début et plus comme un instrument, au même titre que synthé ou guitares, à la fin.
Cette expérience du disque « Lammat... » montre que des genres a priori très différents peuvent s'harmoniser. Quelle est la bonne méthode pour y parvenir ?
LP.- La première des conditions, c'est d'écouter les autres et ensuite d'avancer parcimonieusement. Nous avons essayé d'être le plus sensible possible à l'univers de Soïg, lui aussi a respecté le nôtre. Après, ce n'est plus qu'une affaire de concessions.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
Site officiel : www.soigsiberil.com
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Merzhin. "Pieds nus sur la braise"
ROCK
(SONY BMG)
ALBUM COUP DE COEUR 2006
Coup de coeur de Nathalie Simon (lectrice de Landivisiau)
«Cet album est génial. Il y a de l’énergie communicative, de l’acoustique et de l’électrique comme on les aime, surtout dans les sublimes titres "Fanny" et "Poussières". Un vent d’air breton souffle si fort sur ce disque et cet univers qu’on ne peut que se laisser emporter au large de notre imagination. Les portes d’une reconnaissance bien méritée n’ont jamais paru aussi proches pour Merzhin».
Les rockeurs landernéens de Merzhin célèbrent leur dix ans d'existence en sortant leur troisième album : « Pieds nus sur la braise ».
« Pieds nus sur la braise » consacre la première décennie de Merzhin. Groupe de scène avant tout, tournant inlassablement dans des salles galvanisées par son énergie festive, le combo landernéen est estampillé « rock celtique » depuis ses débuts. Son nouvel opus décolle l'étiquette. Certes, Merzhin demeure adepte d'un « rock qui bombarde », mais sa palette de couleurs et d'émotions musicales s'est considérablement élargie. Le sextet conserve sa redoutable efficacité. Il gagne aussi en profondeur en abordant des zones plus sombres.
« On a voulu faire évoluer notre son parce qu'on pense que la musique bretonne est une musique d'ouverture, explique Pierre, le chanteur et auteur des textes avec Vincent, l'un des deux guitaristes.
Nous avons marié la bombarde à d'autres instruments. Ludo joue également du saxophone et de la clarinette ».Le changement s'entend dès les premières notes du disque où « Pavillons kamikazes » ouvre sur de la trompette avant de libérer un rock'n roll puissant. C'est l'une des chansons engagées de « Pieds nus sur la braise ». « Souriez » (contre la dérive sécuritaire des caméras), ou la reprise explosive des Shériffs « A la chaleur des missiles », sont d'autres traductions du regard inquiet que Merzhin porte sur notre monde.
Le septième homme
Le groupe aborde des thèmes divers : le jeu (« Fanny »), le refus de quitter l'enfance (« La cour des grands »), l'amour chaud («Torche vivante »), l'envie de partir sur la route (« Western »)... « Au bout de la scène » est un titre que le groupe dédie à son public. Pierre y chante d'une voix douce, légèrement en retrait, tandis que le sax fait tourner un thème traditionnel breton avant de céder la mélodie à une clarinette aux accents orientaux. Cette richesse de climats porte aussi la griffe de Matthieu Ballet. Merzhin a confié la réalisation de son album à cet arrangeur connu pour ses collaborations avec Miossec et Yann Tiersen.
« Il est venu avec nous dès les répétitions lorsqu'on en était encore à l'élaboration des morceaux,raconte Pierre.
Il nous a apporté énormément : c'était un peu le septième homme du groupe. A six, on n'est pas toujours d'accord, lui savait trancher et rallier tout le monde ».
Frédéric Jambon
Site officiel : www.merzhin.net
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Nolwenn Korbell. "Bemdez c'houloù"
CHANSON EN BRETON
(COOP BREIZH)
ALBUM COUP DE COEUR 2006
Coup de coeur de Frédéric Jambon (Le Télégramme)
« Ses chansons originales et ses musiques acoustiques libres, aux accents folk, blues ou tziganes, communiquent des émotions vives, profondes. Dans la voix d’or de Nolwenn Korbell, les mots bretons sonnent neufs et leur poésie devient universelle ».
Révélation il y a trois ans avec un brillant premier album, « N'eo ket echu », Nolwenn Korbell dévoile de nouvelles facettes de son talent rayonnant dans « Bemdez c'houlou ».
Un concert de Nolwenn Korbell est la promesse d'un échange fort et chaleureux avec le public, que celui-ci soit ou non bretonnant. Si la chanteuse présente ses morceaux en breton, elle en explique le sens ou traduit ses textes en français, nappant son propos d'un humour imparable. Tout le monde peut alors mesurer l'intense force poétique de ses chansons. Le groupe de musiciens fidèles qui accompagne Nolwenn Korbell depuis quatre ans habille ses mots d'arrangements très originaux et subtils.
Piano, percus, guitare-sitar, basse et marimba (vibraphone) s'accordent à la voix limpide et ample de l'artiste. Sa capacité à rayonner dans tous les registres - folk, pop, blues, jazz, cabaret... - touche et envoûte, d'autant plus que la belle aux cheveux d'or n'économise pas son énergie en scène. Son plaisir à jouer avec les spectateurs tient aussi à ses talents de comédienne, les premiers qu'elle ait cherché à développer. Adolescente à Douarnenez, elle suivait déjà des cours de théâtre à la MJC. Alors qu'elle y jouait des sketches lors d'une épique et locale « Nuit des Raouls », Youenn Gwernig a repéré les dons de la jeune fille de seize ans. L'écrivain-chanteur était alors le directeur des émissions en langue bretonne de France 3. Il a confié à Nolwenn le doublage en breton de séries télévisuelles. Le breton est la langue naturelle de la chanteuse : « J'ai appris le français à l'école, comme les vieux », rit-elle.
Pour la musique, pas besoin d'initiation. Elle y baigne depuis toujours. L'artiste est en effet la fille de la chanteuse de gwerz Andrea Ar Gouil et d'un mélomane, Hervé Corbel, qui fut sonneur au Bagad de Bourbriac. Devenue étudiante en langues à Rennes (allemand, breton, gallois), Nolwenn Korbell finit par tenter le concours du Conservatoire d'Art Dramatique. Elle le réussit et passe trois ans dans cette école de formation professionnelle. Elle suit alors également des cours de chant lyrique, intégrant en tant que soprano le groupe Arsis Théâtre Vocal, au répertoire ancien et orthodoxe. C'est dans un tout autre registre qu'on la retrouve au peu plus tard outre-Manche au sein du groupe Bob Delyn a'r Ebillion. La formation de son compagnon, Twm Morys s'appelle ainsi. Elle l'a suivi au Pays de Galles au terme de ses études de comédienne. Pendant quelques années, elle se partage entre les deux pays et joue dans des feuilletons et téléfilms en langue galloise.
Revenue en Bretagne, Nolwenn Korbell relève en 1994 un challenge lancé par la fédération Sked à Brest : écrire une chanson en breton. Elle y prend goût, continue, finit par se présenter au Kan Ar Bobl. Et en 1997, elle est la lauréate du grand prix du prestigieux concours ! Il ne manque plus qu'un disque. Produit par Coop Breizh, « N'eo ket echu », son premier album de chansons originales, sort en 2003. Il surprend, séduit et vaut bientôt à son auteur-compositeur-interprète diverses consacrétions, dont le Grand Prix du Disque Produit en Bretagne. Les concerts s'enchaînent, qui vont rapidement mener Nolwenn Korbell sur les scènes des principaux festivals en Bretagne et même à Paris-Bercy, sur le plateau de la Nuit Celtique.
Elle donne actuellement une trentaine de concerts par an, en duo avec le guitariste Soïg Sibéril ou au sein de son groupe. La qualité de son nouvel album, « Bemdez c'houlou », devrait faire encore affluer les demandes.
INTERVIEW
Nolwenn Korbell habite à Pont-l'Abbé où elle nous a accordé un entretien.
Paru en 2003, votre premier album a reçu un excellent accueil. Il vous a rapidement menée jusqu'à des scènes aussi prestigieuses que celle de Paris-Bercy. Comment avez-vous vécu cette reconnaissance ?
J'étais aux anges mais sincèrement très surprise de l'accueil. Bien sûr je l'espérais, mais en même temps, j'étais mangée par le doute. Je me demandais jusqu'au dernier moment qui pourrait bien vouloir écouter une telle musique, aussi difficilement classable. C'est de la chanson nouvelle en breton, que la majorité des gens ne vont pas comprendre, sur une musique qui n'est même pas bretonne... Non, je n'étais pas certaine de mon coup, ça c'est sûr (rires) ! Mais je n'ai pas voulu m'empêcher d'aller au bout de mon envie. Le bon accueil a été un cadeau formidable. Cela m'a permis d'apprendre le métier de chanteuse.
Lorsqu'on assiste à un de vos concerts, on constate que vous êtes dans votre élément sur scène !
C'est quelque chose pour moi d'à la fois nouveau et très excitant. J'adore partager ce que j'aime, en particulier ma langue et mes histoires où j'essaie d'embarquer les gens. Et peu importe la taille de la scène. Que ce soit en duo avec Soïg Sibéril ou à Bercy, qu'il y ait 30 ou à l'autre extrêmité 16.000 personnes, pour moi, c'est la même chose : on est là pour les gens qui sont en face. L'énergie doit être la même et la sincérité aussi.
Dans votre groupe, on ne trouve pas d'instruments habituels de la musique celtique, comme des flûtes ou des cornemuses mais piano, marimba, percussions... Est-ce un choix délibéré ?
Complètement. J'adore les musiques irlandaise, écossaise, bretonne, de fest-noz. Mais ça se fait déjà beaucoup autour de moi. A un moment, il y a eu un peu comme un effet de mode : qui n'avait pas son uilleann-pipes ou sa flûte irlandaise ? Je ne voulais pas de faux mélange mais choisir des instruments qui me plaisaient, sans rechercher un son particulier au départ. Alors c'est vrai que je ne sais pas bien répondre quand on me demande quel style de musique je fais...
Vos textes, que vous commentez sur scène et dont le livret de vos disques présente la traduction en français, sont très imagés. Où puisez-vous votre inspiration ?
Je ne sais pas, c'est difficile de décortiquer l'inspiration. Tout ce que je peux écrire découle de ce que j'ai lu et vu. Et comme j'adore lire et que je suis très cinéphile... Les chansons que j'ai entendues sont d'autres sources : celles du Barzaz Breiz interprétées par ma mère, mais aussi celles de Dylan, Cohen, Joan Baez... Il y a une imagerie populaire qu'on retrouve dans les folk-songs ou chez certains poètes à laquelle je suis très sensible. J'ai une préférence pour ce qui laisse le champ libre à l'imagination. Alors quand à mon tour j'essaie de raconter quelque chose, je tente de suggérer plutôt que de démontrer.
Comment élaborez-vous vos chansons ?
Je fais les textes et les mélodies. La pianiste Frédérique Lory chapeaute les arrangements, même si chacun des musiciens propose quelque chose. Les membres du groupe sont les mêmes depuis le premier album. La différence cette fois est que Didier utilise une guitare trafiquée et unique qui peut prendre un son de sitar.
Votre nouvel album, « Bemdez c'houlou », brille par la diversité de ses climats. La chanson « Termaji » se distingue par ses accents tziganes, voire cabaret berlinois. Quelle est l'histoire de ce morceau ?
Je suis partie d'une citation de Max Jacob qui a écrit : « Le Breton tient du prêtre et du tzigane ». Ça m'a parlé ! Je trouve qu'effectivement la foi est visible en Bretagne à chaque carrefour, mais qu'il y règne aussi un mélange de paganisme et de folie ! Et je ne sais pas pourquoi, mais je me suis toujours sentie proche des tziganes. Alors j'ai fait cette chanson qui laisse une belle place au jeu et que je dédie conjointement à Max Jacob et à Emir Kusturica.
Frédéric Jambon
16:30 Publié dans Edition 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nolwenn korbell, chant breton, prix du disque
13.11.2006
Balafenn. "Un monde étrange"
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Sur ce premier album, Balafenn, créé il y a six ans, fait la part belle à la danse. Normal pour cet ensemble de fest-noz, digne cousin des Sonerien Du par son inspiration, tant dans les thèmes que pour l’écriture musicale. La comparaison s’arrête toutefois au niveau de l’interprétation, moins «pêchue» que celle des grands aînés. Et puis, fait rarissime dans le genre, la voix féminine d’Anne Le Corre apporte le petit plus de la différence. A ses côtés, Mickaël Garcia (basse), Youenn Manchec (flûtes, clarinette), Marc Pennaneac’h (guitare, chant), Patrice Ropart (claviers), Kristian Stervinou (bombardes, whistles) et Luc Toullec (batterie, chant) embarquent l’auditeur dans un judicieux voyage à travers plusieurs terroirs, chantés (en français) à l’exception d’une suite dynamique de kost ar c’hoat, seuls morceaux traditionnels du disque. Tout le reste est «fait maison», y compris la version revisitée et réussie des «Prisons de Nantes» et un vibrant hommage au chalutier loctudiste Bugaled Breizh.
Gérard Classe
Site officiel : http://balafenn.cyberhosting-fr.com
15:55 Publié dans Edition 2006 | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : balafenn, prix du disque, fest-noz, musique bretonne
03.11.2006
Tagada Jones. "Le feu aux poudres"
Douze années d'existence n'ont en rien entamé l'énergie des Rennais de Tagada Jones, toujours partants lorsqu'il s'agit de mettre « Le feu aux poudres ». Ils ne s'en privent d'ailleurs pas dans ce cinquième album. Les fans de rock extrême vont s'empresser de le ranger auprès de la quarantaine de compilations auxquelles les Tagada ont déjà participé. Punk-rock, électro-hardcore, metal : voilà l'univers explosif dans lequel évolue le quintet. Sa figure de proue est Niko, chanteur pour les uns, aboyeur pour les autres, porteur des textes très réalistes que le groupe défend en français. Qu'il descende l'individualisme, les manipulations, le capitalisme sauvage ou qu'il prône un monde de tolérance, multiracial et respectueux de l'environnement, il peut s'appuyer sur des partenaires à la puissance de feu phénoménale. Pour initiés.
Frédéric Jambon
Site officiel : www.tagadajones.com
19:00 Publié dans Edition 2006 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tagada jones, rennes, punk, hardcore, prix du disque
Percubaba. "Antistatiq"
La rentrée s’annonçait bien pour les amateurs de rock sautillant. Pas de chance, « La trajectoire de l’homme canon » de La Ruda est bien moins convaincant que son précédent live (« Dans la vapeur et le bruit »), et le nouveau Caméléons (« Pas de concessions ») a quand même un petit goût de déjà entendu. Pas de problème de ce type-là avec « AntistatiQ ». Du rock bien sûr, mais aussi du gros son électrobazar venu tout droit de StrupX, le groupe frère du même label Foutadawa, du reggae virant au dub ou à la jungle, des invités ragga (Guizmo de Tryo)... Un vrai catalogue. Bon, les thèmes ne sont pas toujours hyper-novateurs (le G8, la télé-réalité...) mais le tout ne manque pas d’humour (« Pâtes O’Beurre »). Initiative intéressante : dans le cadre du projet « Culture et résistance », l’album est distribué par les réseaux du commerce équitable pour financer des écoles de musique en Afrique.
Benjamin Brehon
Site officiel : http://www.percubaba.com
18:55 Publié dans Edition 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : percubaba, Strup X, rock, foutadawa, Guizmo, prix du disque
Cap Horn. « Le voyage d'Henry-Jacques »
Fidèle aux thèmes de la mer, Cap Horn signe avec ce « Voyage d'Henry-Jacques » une oeuvre dense. Homme de lettres et journaliste, marin embarqué autour du monde, Henry-Jacques « vainqueur » du Cap Horn, a signé des poèmes dont la sonorité des vers ne pouvait que coller au plus juste aux partitions et arrangements des musiciens du groupe. De Philippe Vandenberghe à Olivier Blaizot en passant par Jacques Portal et Olivier Quéau, avec un coup de main de l'ancien matelot Lesieur, les chansons ont pris corps et volume. Portées par une interprétation de grande classe, elles semblent avoir toujours fait partie du patrimoine universel du chant de marin. Un chant de qualité, auquel se sont associés quelques passagers notoires comme Michel Santangelli, Jean-Marc Lesieur ou le couple sonneur Irvoas-Riou.
Gérard Classe
17:55 Publié dans Edition 2006 | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cap horn, henry-jacques, chants de marins, prix du disque







