13.11.2009
Miossec. "Finistériens"

(PIAS)
Article paru le 12 septembre 2009 en dernière page du Télégramme
Le septième album de Christophe Miossec, «Finistériens», sort lundi. Un opus resserré, intense, co-composé avec un partenaire unique: YannTiersen.
Depuis la sortie de «Boire» en 1995, ChristopheMiossec a chamboulé le paysage de la chanson française avec son écriture poétique à vif. Chacun de ses albums est devenu une référence. Sorti chezPIAS France, son septième opus sera disponible lundi. Un disque, cette fois, construit à deux, avec le musicien Yann Tiersen. Son nom: «Finistériens». «Le titre tombait sous le sens, confie ChristopheMiossec. Yann est né à Brest, moi aussi. Le fait que je sois revenu vivre au bout du Finistère a également joué. Et puis c'est un joli mot. On n'a pas passé des nuits à gamberger».
Tension retenue
Un sens de l'évidence qui a marqué toute la réalisation de l'album. Dès que Yann Tiersen a proposé à Christophe Miossec de faire un disque ensemble, celui-ci a acquiescé, sans autre forme de discussion. «Mais je ne pensais pas que ça se passerait comme ça, rapporte-t-il. J'imaginais monter un groupe. Seulement, Yann a dit, non, on le fait vraiment à deux! Je savais qu'il jouait de nombreux instruments, mais quand même pas à ce point-là. Où il m'a bluffé, c'est lorsqu'il s'est mis aussi à la batterie!». Yann Tiersen a habillé les mots de son ami d'un pop-rock mélodique, où intros de piano, harmonies de cordes et gimmicks de guitare électrique naviguent entre mélancolie et tension retenue. Les chansons ont pris forme au studio parisien de Yann, celui d'Ouessant, pressenti au départ, ne disposant pas encore du matériel suffisant. ChristopheMiossec a amené des paroles et des notes et ciselé d'autres textes sur les thèmes qu'apportait YannTiersen. «J'aime bien écrire sur une musique, avoue le chanteur. Je ne le vis pas comme une contrainte. C'est même mieux, on sait dans quelle direction aller». Les directions qu'il a empruntées dans «Finistériens» l'éloignent parfois de son registre habituel. «Je n'avais pas envie de revenir à mon fonds de commerce du bluesman malheureux, sourit-il. C'est facile de radoter. J'ai essayé de diversifier le propos».
Onze chansons
Sur les onze chansons de l'album, le sentiment amoureux demeure une source d'inspiration vive. Parce qu'il permet d'éclairer au plus profond l'âme humaine. Miossec chante la rupture, subie (avec rage dans «A Montparnasse»), ou choisie (la fuite sans désespoir de «Seul ce que j'ai perdum'appartient à jamais»). L'usure des vieux couples s'exprime à travers plusieurs morceaux: «Nos plus belles années»; «Fermer la maison», qu'il avait d'abord prévu pour Alain Bashung; «Hais-moi», avec son refrain «L'amour et la haine ne font qu'un parfois».
Dimension sociale
Le chanteur livre aussi des interrogations: sur la quête de chacun («Les joggers du dimanche»), sur l'avenir dans sa chanson «C.D.D.». Elle ouvre sur un inquiétant: «Jusqu'à présent, tout va bien». Autre titre à dimension sociale, «Les chiens de paille» plonge dans les tourments d'employés au bout du rouleau. Sans lourdeur, ni pathos. L'écriture de Miossec est trop fine et sensible pour enfoncer des portesouvertes. «Depuis le début, j'essaie de faire des chansons sociales, mais c'est super casse-gueule, commente-t-il... Il faut vraiment trouver un angle pour éviter une certaine démagogie. Je préfère le filigrane ou l'arrière-plan». Parsemés d'images fulgurantes, les mots de Christophe Miossec puisent ici leur force dans leur concision et leur simplicité. «Le fait d'avoir travaillé à deux donne quelque chose de très compact.J'ai l'impression que si on n'aime pas une chanson, on n'aimera pas l'album», pronostique-t-il. Mais si on en aime une...
Frédéric Jambon
02:00 Publié dans Edition 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christophe miossec, yann tiersen, grand prix du disque du télégramme, chanson française
Renan Luce. "Le clan des miros"
(BARCLAY)
Article paru le 12 octobre 2009 en dernière page du Télégramme
Discrètement sorti en 2006, l'opus de RenanLuce «Repenti» a d'abord été élu meilleur premier album au Grand Prix du Disque du Télégramme. Petit à petit, les chansons malicieusement troussées du Morlaisien se sont emparées des ondes, tandis que ses tournées le menaient dans des salles de plus en plus grandes. Aujourd'hui, ses succès «La lettre» ou «Les voisines» ont déjà pris des allures de classique. Deux Victoires de la Musique ont accompagné l'artiste dans une ascension défiant les lois du marché. Avec ses 750.000 exemplaires vendus, «Repenti» fait à la crise du disque un pied de nez que le petit Nicolas trouverait très chouette.
Son successeur, «Le clan des miros», est cette fois très attendu. Il sera dès aujourd'hui dans les bacs. Cet été, RenanLuce avait dépêché «La fille de la bande» en éclaireuse: une de ces chansons en cinémascope où le Breton conte une histoire à rebondissements, entre amour et polar. Les treize morceaux du nouvel album recèlent d'autres récits à suspense, dont «Nantes», véritable road-movie. «L'histoire est venue d'une mélodie que je jouais à la guitare, rapporte RenanLuce. Je me suis laissé guider par les images de mouvementsque me suggérait la musique». L'auteur-compositeur-interprète de 29 ans a abordé son second disque par sa face musicale. «J'avais envie de quelque chose de très acoustique et chaleureux, même s'il y a des morceaux énergiques, confie-t-il. Dès que j'ai commencé l'écriture de nouvelles chansons, on se faisait tous les mois une semaine de studio avec le groupe, à la recherche de ces couleurs de son».
Parmiles autres morceaux du «clan des miros», il y a ceux qu'on qualifierait volontiers de chansons de garnement: «On n'est pas à une bêtise près», bien sûr, le générique du film «Le petit Nicolas», mais aussi «Les gens sont fous» et «Rue de l'oiseau-lyre». RenanLuce n'en disconvient pas: «C'est mon tempérament de rester un petit peu ancré dans les souvenirs de l'enfance, son insouciance, son imaginaire. En grandissant, on doit faire le deuil de s'inventer une histoire à laquelle on croit totalement. Moi, j'essaie de retrouver cet état d'esprit avec une feuille, un stylo et ma guitare». Le chanteur taquine l'humour noir avec ses deux versions de «Grand-père». Dans «Ridicule», «Aux timides anonymes» et la chanson qui a donné son nom à l'album, il se fait (auto)portraitiste piquant. «J'ai eu envie d'aborder le registre de l'intime, d'exprimer des choses plus personnelles, des états d'âme. La chanson Le clan des miros parle de moi, mais j'espère aussi que d'autres se retrouveront dans cette espèce de non-clairvoyance sur les événements et les rencontres que l'on peut faire. On se sent un peu ballotté. Maintenant, c'est aussi le fait de se cogner dans ce qu'on ne voit pas arriver qui rend la vie intéressante». La chanson qui clôt l'album renvoie à l'une de ses plus heureuses rencontres: celle de Lolita Séchan, fille du chanteur Renaud, qu'il a épousée cet été. Pas à Saint-Jean-du-Doigt (29) comme l'avait annoncé la presse people. «C'était une info étrange, commente sobrement RenanLuce. Je me suis bien marié, mais à Paris». L'ultime titre du disque s'appelle «Femme à lunettes». Une bonne façon «de finir sur un clin d'oeil», s'amuse l'artiste.
Frédéric Jambon
http://renanluce.artiste.universalmusic.fr
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Adèle. "Garden Partie"

(COOP BREIZH)
Trois ans après « Bleu », la belle Adèle vire au rouge. Feu vert pour un succès qui ne ferait pas tache, le contenu de son nouvel opus carmin est un régal ! Une grenadine à siroter sans modération. Il expose, en douze tableaux imagés, des états d'âme très féminins car criants de réalisme. Du délectable «C'est du toc » au très direct «Tube de colle », en passant par «La p'tite amoureuse » qui bouffe du lapin, Adèle excelle dans la mise en scène des situations coutumières. Y compris lorsque sa belle écriture entre en poésie (« Le p'tit buffet »). Portées par des arrangements en totale connivence avec son univers, ses nouvelles chansons ont le niveau des plus grands. Bravo Petite !
Gérard Classe
00:00 Publié dans Edition 2009 | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : adèle, chanson française, "garden partie", grand prix du disque du télégramme
12.11.2009
Da Silva. "La tendresse des fous"

(TOT ou TARD)
Interview parue le 1er octobre 2009 dans la page "Musiques" du Télégramme
Troisième album de Manu DaSilva, «La tendresse des fous» compte onze chansons teintées de mélancolie, mais traversées d'espérance. L'orchestration riche et subtile se met au diapason de la poésie des mots. Un disque sensible, qui ne livrera tous ses secrets qu'écoute après écoute.
Après deux albums faits à la maison, vous avez élaboré «La tendresse des fous» entièrement en studio. Pourquoi ce changement de méthode ?
J'avais envie de tirer un trait sur le minimalisme en proposant un album plus orchestré. L'idée de travailler avec le grand arrangeur Joseph Racaille et les réalisateurs Bénédicte Schmitt et Dominique Blanc-Francard m'a aussi attiré. Ils ont apporté des cordes, des cuivres, une rythmique basse-batterie que je n'utilisais pas auparavant. Cela donne un album plus dynamique.
Les amateurs de l'atmosphère DaSilva ne sont pas pour autant dépaysés...
Je ne ferai jamais rien d'autre que ce que je sais faire. Même si j'avais envie de casser le moule, j'ai mon univers, avec - c'est ce que les gens me disent - une patte particulière à la guitare.
La phrase «Si la vie est terrible, les journées peuvent être si belles» est le refrain de votre chanson «Carnaval». Résume-t-elle l'esprit du disque ?
Oui, parce que si notre société est quand même assez dure, et même de plus en plus, cela reste un disque d'espoir, avec tout ce que cela implique de hasard et d'inconnu. L'album parle beaucoup de la vie. Il aborde les questions existentielles que tout le monde peut se poser : est-ce que les gens qui nous entourent seront encore là «Le jour de la défaite» ? Quelles différences y a-t-il entre les moments de tendresse et l'Amour ? Même s'il reste empreint de mélancolie, je trouve que c'est un disque moins noir que le précédent. Et ce dès le premier titre, «La route», qui est une chanson d'espérance.
L'absence est un thème récurrent de l'album. Pourquoi aller même jusqu'à lui consacrer toute une chanson, «Les inséparables» ?
Ce n'est qu'en tapant mes textes pour le studio, que j'ai réalisé qu'il y avait le mot absence dans six chansons différentes ! Dans «Les inséparables», ce que je veux dire, c'est qu'il vaut mieux essayer de faire ami-ami avec ses peines, ses souffrances, pour réussir à les transformer en quelque chose de beau.
C'est aussi ce que vous dites dans la douce ritournelle «Les ricochets» : «J'ai souffert, j'ai souri».
La formule n'est pas de moi. C'est ce que se tatouaient les bagnards, sur le front ou sur le cou. L'attitude correspond aussi à celle de la chanson «Carnaval». Une fanfare est un bon endroit où cacher sa peine.
L'album se termine quand même sur un morceau sombre, «La moisson». Qu'est-ce qui vous l'a inspiré ?
Je l'ai écrit pour rendre hommage à une jeune Chinoise qui s'était défenestrée à Belleville pour échapper aux CRS venus l'expulser. Mais bien sûr, je ne raconte pas l'histoire d'une manière aussi explicite. Je n'aime pas les chansons poing levé. Pas plus que celles construites autour d'une seule idée et qui perdent pour moi tout intérêt dès lors qu'on l'a comprise. Je suis quelqu'un de très compliqué qui préfère les doubles lectures et les voies détournées.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
19:00 Publié dans Edition 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grand prix du disque du télégramme, da silva, la tendresse des fous, chanson française
05.02.2009
Dominic M. "Pok"
(EALA ASSOCIATION)
Dominic M. qui ne fait pas les choses à moitié dans le choix de ses complices, tous domaines confondus, balance ses vérités. Estampillées « condition féminine », pour ce qui la concerne, elles sont autant de plaidoyers de la défense d’une femme qui sait forcément de quoi elle chante (fort bien !). Comme toujours dans ces histoires du quotidien, l’humour est la recette imparable pour mieux faire passer la pilule. Savourons mille fois de suite ce génial « Tooti frottis » ou ces « Oubliettes » dans lesquelles elle aimerait f… sa télé, seule présence de ses soirs tristounets. Sans oublier la « Danse des casseroles » où le Goriste Henri Girou s’est impliqué avec sa verve coutumière, où Dominic M. tape dur et juste sur un rythme bien « d’che nous ». Voilà des surprises comme on les aime !
Gérard Classe
Site : www.myspace.com/dommartin
COUP DE COEUR 2008
Daniel Lisch (lecteur de Plougastel-Daoulas). "J’ai adoré la fraîcheur qui ressort de son répertoire. Les textes sont criants de vérité et se marient bien avec des compositions musicales très riches. Pour moi, c’est une découverte. Dès le départ, cet album a été, et reste, mon préféré de la sélection 2008. Je le réécoute sans me lasser. C’est une artiste en devenir que je vais suivre de près et j’aimerais beaucoup la rencontrer."
11:50 Publié dans Edition 2008 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Dominique Martin, chanson française, piano-voix, Grand Prix du Disque du Télégramme
Bat'ker. "Lé gadianm"
(DISCORAMA PROD)
« Blanc ou noir, laissez parler nos coeurs », chante Bat'ker dans sa chanson « Métissage ». C'est ce que fait le trio tout au long des dix titres du disque. Associant deux Réunionnais (Davy et Fred) et un Breton (Roland, de Plougastel, ex-membre du groupe Jinx), il est né en 2005 sur l'île de l'Océan Indien. L'histoire a démarré lors des Rencontres du Kabardock, déclinaison tropicale des Rencontres d'Astaffort initiées par Francis Cabrel. Tous chanteurs-guitaristes, et séparément bassiste, batteur et joueur de kayann, les musiciens ont bâti un répertoire de chansons originales. Sensibles, elles se laissent porter par une pop acoustique ondulante et tonique. La douceur des mélodies et la fraîcheur des harmonies vocales nuancent un propos parfois grave. « 15 euros la tonne » est un titre touchant. « Les quais de gare » pleure toutes les séparations, tandis que « Le facteur de Mafate » introduit un personnage bien attachant. Deux morceaux en créole apportent un supplément de chaleur à ce premier album séduisant.
Frédéric Jambon
Site : www.myspace.com/batker
ALBUM COUP DE COEUR 2008
Coup de coeur de Yannick Droguet (lecteur de Saint-Jean-Trolimon) : "C’est un excellent disque, très bien joué, très bien chanté. Je le trouve digne d’un De Palmas ou d’un Goldman inspirés. La pop acoustique de ces musiciens-chanteurs réunionnais et breton est puissante et douce à la fois. Les textes sont engagés, sensibles. Et les deux chansons interprétées en créole apportent de la chaleur. Un album un peu sucré et un peu amer, à écouter absolument !"
10:45 Publié dans Edition 2008 | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson française, créole, La Réunion, Grand Prix du Disque du Télégramme, Bat'Ker
26.12.2008
Jean-No Le Gall. "Au pays du coeur levant"
(AUTOPRODUCTION)
Un an après « De terre et d'eau », Jean-No Le Gall livre un nouvel album au confluent de la chanson française et du folksong. Sur une base voix-guitare améliorée par flûte, percus, basse ou accordéons amis, il chante ses valeurs. Ses positions sont claires : il est du côté des gardiens de l'environnement (« C'est trop tard »), des pauvres (« le sou neuf »), des amoureux (« Au sommet ») et des Indiens martyrisés par les cow-boys (« Soldat bleu »).
Frédéric Jambon
Contact : jean-noel@wanadoo.fr
17:14 Publié dans Edition 2008 | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson française, Bretagne, Grand Prix du Disque du Télégramme, Jean-No Le Gall
23.12.2008
Jacques Perkaisne. "Les promesses"
(AUTOPRODUCTION)
Après avoir si longtemps laissé ses sillons en jachère, voilà enfin que refleurit un superbe bouquet de douze titres de l’orfèvre Perkaisne. Son écriture et ses mélodies, si bien accompagnées par Aymeric Le Martelot, s’inscrivent dans la lignée des grands faiseurs de chanson française de toujours. Celle qui a la chance, de temps à autre, de passer au travers du filtre. Perkaisne lui, continuera-t-il son travail intimiste ? Ce serait dommage. En filiation directe avec les Romain Didier, Michèle Bernard, ou Henri Tachan, ces « Promesses »- là se devraient de signer un retour moins confidentiel.
Gérard Classe
Site : www.myspace.com/jperkaisne
09:23 Publié dans Edition 2008 | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson française, Grand Prix du Disque du Télégramme, Jacques Perkaisne
15.12.2008
Clarisse Lavanant. "Les filles comme moi"
(AUTOPRODUCTION)
Site : www.myspace.com/clarisselavanant
INTERVIEW PUBLIEE LE 12 JUIN 2008 DANS LE TELEGRAMME
La voix claire, veloutée, puissante et nuancée de Clarisse Lavanant résonne avec la même beauté sur les grandes scènes du Japon que dans l'intimité des chapelles bretonnes. En vacances de comédie musicale, la chanteuse morlaisienne de 28 ans présente son troisième album. Il s'intitule « Les filles comme moi ». On les rêverait très nombreuses.
Votre nouvel album, « Les filles comme moi », réunit 17 chansons. Les musiques à dominante folk sont légères, aériennes, même lorsque le propos devient grave. Souhaitiez-vous faire un album « roots », sans fard ?
Complètement. La relation qu'on entretient avec un album est quelque chose de très intime. L'idée était d'entrer dans le salon des gens, de proposer un disque épuré. J'ai eu envie d'y mélanger les grands courants qui m'ont nourrie : la chanson française, à la base de ma culture depuis l'adolescence, et les musiques celtiques. Je ne les trouve pas antinomiques.
On reconnaît même au passage des mélodies traditionnelles.
Ce sont des mélodies qui correspondent à des thèmes que je portais en moi depuis longtemps. Sur l'air du traditionnel anglais « Scarborough Fair », j'ai écrit « L'amour en guerre ». La force et la profondeur de sa mélodie m'ont aidée à aborder un thème qui me tenait à coeur : celui des enfants du divorce.
Parmi les autres thèmes du disque, on note la féminité, les amours heureuses ou impossibles, les filles rêveuses comme celles de votre chanson-titre. Mais vous n'avez pas voulu vous cantonner seulement dans l'intime ?
Non. J'avais envie de dire des choses qui me ressemblent mais aussi d'autres qui me touchent, même si elles ne parlent pas de moi. Dans « À toi et ceux », par exemple, j'évoque l'exil de mon grand-père parti travailler dans une grande ville à une époque où ce n'était pas très bien vu de dire qu'on était breton. Il y a aussi « Little boy », sur Hiroshima.
Pourquoi avoir réalisé le disque vous-même ?
J'ai 28 ans, cela fait dix ans que je chante, c'est mon troisième album, alors j'ai senti que c'était le moment d'être un peu la patronne (rires). J'ai eu aussi la chance de bénéficier de collaborateurs très à l'écoute.
Comment votre album est-il distribué ?
Il ne l'est pas. Les gens peuvent le commander sur mon site MySpace (*). Maintenant, en magasin, on disparaît tout de suite des rayons. Alors pour les jeunes artistes qui ne bénéficient pas d'une promo énorme, MySpace offre une fenêtre superbe. C'est Melaine Favennec qui dit que le savoir-faire, ça représente 30% de la réussite d'un artiste, et le faire-savoir, 70%. Sur mon site, j'ai 300.000 visites, 200.000 écoutes, je suis contente. Je vends également le disque à la fin de mes concerts de la Ronde des Chapelles.
Quelle est la formule de cette série de concerts dans des chapelles bretonnes ?
Je chante a capella. C'est encore plus épuré que sur le disque ! Le spectacle se situe entre le conte et la chanson. Je parle beaucoup avec le public, j'explique un peu la genèse des morceaux. Dans cette Ronde, je mélange quelques chansons de mon premier album, quelques autres du second, beaucoup du troisième et j'ajoute également des extraits des « Dix Commandements ».
C'est difficile de trouver un contraste plus marqué qu'entre vos spectacles dans les chapelles et le méga-show de la comédie musicale de Chouraki et Obispo où vous incarnez Séphora, la femme de Moïse...
C'est complémentaire, je suis toujours un peu entre ces deux extrêmes. Dans les chapelles, j'ai une liberté totale, impensable lorsqu'on est 70 personnes sur scène. Je ne peux pas partir en improvisation si un danseur arrive à un moment très précis (rires)... Et puis jouer devant 8.000 personnes, c'est tout de suite énorme, on ressent une espèce d'euphorie !
Comment avez-vous intégré la troupe des « Dix Commandements » ?
Par hasard, je ne cherchais pas spécialement à faire de la comédie musicale. Je venais de sortir mon premier album quand on m'a proposé une audition. J'y suis allée et ne l'ai pas regretté ! Cela m'a permis de progresser vocalement. Tous les soirs, on interprète des chansons dont certaines sont vraiment lyriques. En travaillant en troupe, on apprend beaucoup sur l'univers des autres et à cohabiter sur scène comme dans la vie. Lorsqu'on part en tournée à l'étranger, - les dernières fois, c'était en Corée du Sud et au Japon -, on est tout le temps ensemble : c'est intense ! Et comme on joue beaucoup, souvent deux fois par jour, sans s'arrêter pendant deux mois, cela constitue un bon entraînement. Il m'est utile pour la Ronde des Chapelles. Si je n'avais pas fait « Les dix Com' », j'aurais douté de pouvoir tenir le rythme d'un concert par soir.
Yael Naim était votre partenaire dans la comédie musicale. Quels commentaires vous inspire son explosion avec le tube « New Soul » ?
Je trouve son histoire super positive. Parce que c'est quelqu'un qui chante depuis déjà longtemps, qui a pas mal ramé mais qui n'a fait que ce qui lui plaisait, sans compromis. Elle a créé ses chansons dans son salon : une musique très dépouillée, très vraie. Ça fait vraiment plaisir qu'une musique comme ça cartonne, sans marketting.
Avez-vous déjà créé un titre ensemble ?
Oui, Yael m'a écrit la musique d'une chanson de mon précédent album, « J'irai dire ».
Quand écrivez-vous vos chansons ?
J'écris un peu tous les jours, et surtout la nuit. Dans l'écriture, on est avec soi, en soi, alors que dans le chant, on délivre. L'écriture, c'est l'inspiration, et chanter, c'est l'expiration. J'ai besoin des deux.
Vous évoquiez votre chanson « À toi et ceux », dont Dan Ar Braz a écrit la musique et qu'il a créée sur son album portant ce titre. Votre complicité artistique est telle qu'il affirme que s'il était Voulzy vous seriez son Souchon...
Pas mal (rires) ! C'est quelqu'un qui me touche beaucoup. Je l'ai connu par l'intermédiaire de Michel Haumont, qui avait réalisé mon premier album. Au moment du second, Michel m'a dit que ce serait bien que je rencontre Dan Ar Braz parce qu'il pensait que nous avions une couleur à partager. Au départ, Dan ne voyait pas trop ce qu'il pourrait faire avec une fille dont le premier album sonnait assez variété. On s'est rencontré en 2003, après une représentation des « Dix Commandements » à Brest. Il m'a demandé un texte. Je lui ai confié « La fin de la terre ». Très vite, il m'a rappelé en me disant : « Quand j'ai lu le texte, j'ai compris ». Il avait fait une musique. Dans la foulée, il m'en a confié deux autres sur lesquelles j'ai écrit des paroles qu'il a intégrées. Son album est sorti en premier puis il a réalisé le mien, « Vers l'imaginaire ».
Avez-vous d'autres collaborations en cours ?
On est toujours en contact. Quand il a envie de dire quelque chose, il m'envoie un thème de chanson. Et moi quand j'ai un texte, je me dis, celui-là, j'ai envie de l'envoyer à Dan. C'est arrivé encore récemment : un texte qui parle des vents contraires et questionne sur le fait qu'on soit si multiple à l'intérieur d'une seule et même personne !
Propos recueillis par Frédéric Jambon
11:20 Publié dans Edition 2008 | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Grand Prix du Disque du Télégramme, chanson française, les Dix Commandements, Dan Ar Braz, Clarisse Lavanant
Didier Helleux
(AUTOPRODUCTION)
S’il est évident que l’album de Didier Helleux (excellent chanteur ) ne passera pas dix fois par jour sur les antennes structurées (voire pas une seule), son mérite est de perpétuer cette « chanson théâtrale » qui fait du texte sa sève unique. Il fallait oser la mise en note et en chant de quelques poèmes de Verlaine. Cela s’écoute chez soi au coin du feu.
Gérard Classe
Contact : didier.helleux@sillagemusiques.org
10:59 Publié dans Edition 2008 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson française, Paul Verlaine, Grand Prix du Disque du Télégramme, Didier Helleux








