12.11.2009

Brigitte Fontaine. "Prohibition"

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(POLYDOR)

Brigitte Fontaine est de retour avec «Prohibition». Un album où les textes cinglants ont été mis en musique par Areski Belkacem et sur lequel on note deux duos avec Philippe Katerine et Grace Jones.

On l'avait quittée avec «Libido». Elle nous revient avec «Prohibition», certainement l'un de ses albums les plus aboutis. Mais cette fois, pas question de jouer les kékés. BrigitteFontaine ne rigole plus. L'heure est à la révolte.

«Révoltée»

Parmi tous les qualificatifs qui désignent habituellement BrigitteFontaine, «révoltée» est celui qui colle le mieux à ce nouvel album. «Révoltée, plus qu'attristée» par une société qui jette ses vieux aux orties, ses malades dans les fossés. Avec «Prohibition», chanson titre servie par une superbe mélodie, la Morlaisienne n'a pas de mots assez durs (voire grossiers avec ce refrain, terrible, «Je suis vieille et je vous enc.../ Jesuis vieille et je vais crever») pour dire ce qu'elle pense de la manière dont cette société traite ses anciens.

Insoumise

À 70 ans, elle a décidé de ressortir ses griffes. Et la voilà qui sonne la charge de la rébellion dans un monde où tout est interdit («Dura lex»). Un monde où tout est dit «Entre guillemets». Tout ce qu'elle déteste. «On dit les choses ou on ne les dit pas». Elle préfère les dire, les chanter même, sans les guillemets. Elle est comme ça, insoumise... Définitivement libre. Rien de surprenant alors de la voir déclamer, telle une supplique, ces quelques vers qui laissent sans voix: «Ouvrez les prisons/Elles nous tuent». Forcément politique («Partir ou rester», écrit au lendemain de la présidentielle, «Harem» qui dénonce l'enfermement dont sont victimes les femmes en Arabie Saoudite), «Prohibition» n'est pas un catalogue de revendications mais le cri de rage d'une artiste engagée. Une anar qui le dit sans tabou: «L'enfer c'est l'État» («Dura lex»).

Duos avec Philippe Katerine et Grace Jones

Disque sombre, «Prohibition» joue aussi l'art du contre-pied. «Partir ou rester», en duo avec Philippe Katerine qui entend «descendre dans la rue lutter contre les Lustucrus», devient presque comique. Sur fond de guimbarde et de vibraphone, le suicide au gaz de «La fiancée de Frankenstein» tourne au tragi-comique. Composées par l'excellent Areski Belkacem auquel BrigitteFontaine consacre une superbe chanson d'amour («Pas ce soir»), les musiques flirtent avec le rock, prennent des couleurs pop («Just you and me»). Elles s'imprègnent de sonorités orientales sur «Soufi» où elle chante ce «philosophe des cimes dont la vie est musique» en duo avec Grace Jones. C'est au Gallois Ivor Guest, producteur de la muse d'Andy Warhol, qu'elle a confié la réalisation de l'album, s'entourant de musiciens anglais travaillant habituellement avec Brian Eno.

Stéphane Guihéneuf

http://espacesculturels.brigitte-fontaine.com

 

Page "Interview" du Télégramme du 28 octobre 2009

 

Même en colère contre tout ce qui porte atteinte aux libertés, - thème de son nouvel album «Prohibition» -, BrigitteFontaine ne saurait être déprimante. Ses mots rageurs fricotent toujours avec la fantaisie poétique, fût-elle grossière, et sa voix habitée transmet les émotions en ligne directe. L'indétrônable reine des Kékés retrouve vendredi ses terres morlaisiennes, le temps d'un concert dont elle se délecte d'avance. Rencontre avec une artiste paradoxale assumée, qui, si elle n'a jamais été aussi révoltée, ne s'est jamais non plus sentie aussi libre.

Vendredi, vous chantez à Saint-Martin-des-Champs, commune limitrophe de votre ville natale de Morlaix. Comment abordez-vous un concert au pays ?

Avec joie, j'aime tellement Morlaix ! J'ai moins de souvenirs de Saint-Martin-des-Champs. Je me rappelle y être allée à l'école quand j'étais petite. Et d'avoir chanté au Roudour il y a quelques années.


Vos souvenirs vous mènent plus facilement au théâtre à l'italienne de Morlaix ?

Oui, qu'il est joli ! Il est merveilleux ! Et surtout, j'y allais tout le temps pour voir les pièces que jouait le Centre Dramatique de l'Ouest. C'était une très bonne troupe. Je les attendais des semaines, des mois à l'avance ! Parce que j'adorais le théâtre. Il s'est même produit une chose à laquelle je n'aurais jamais osé rêver. Mes parents, qui étaient instituteurs laïcs, s'amusaient à faire du théâtre. Ils étaient très bons d'ailleurs. Moi aussi, j'en faisais un petit peu. Il s'est trouvé que le directeur du Centre Dramatique de l'Ouest m'a vue jouer quelque chose lorsque j'avais douze ans. Eh bien, il est allé demander à mes parents, si, lorsque j'aurais seize ans, ils accepteraient que je parte avec sa troupe tourner dans toute la Bretagne !

Ont-ils accepté ?

Non ! Et non seulement mes parents ont refusé, mais en plus, ils ne m'en ont même pas parlé sur le coup. Ils ne l'ont fait que beaucoup plus tard. En me disant regretter terriblement d'avoir agi ainsi.


Parce que la suite a prouvé que votre vocation était bien là...

Oui, seulement après, j'ai beaucoup galéré. Mon bac en poche, je suis allée à Paris faire du théâtre. J'étais dans la misère, vraiment ce qu'on appelle la misère ! Enfin, maintenant, je me rattrape un petit peu, comme je peux (rires) !


Vous avez su très jeune que vous écririez et monteriez sur les planches ?

Exactement : c'est le mot. Ce n'est pas que je le voulais, c'est que je le savais ! Chanter, par contre, ça, je ne l'avais pas prévu. Quoique j'adorais chanter. J'ai un souvenir très précis. La première fois où je suis allée à l'école, je devais avoir quatre ou cinq ans, je rentre en classe et me mets à chanter. Et puis j'apprends avec stupeur que c'est interdit ! J'étais ahurie de ne pas pouvoir le faire. Voilà, c'était déjà la prohibition (rires) !


Pourquoi êtes-vous passée à la chanson une fois installée à Paris ?

J'ai dû interrompre le théâtre pour des raisons privées. À cause de mon mec de l'époque qui ne voulait pas que je continue. Parce qu'il était très jaloux.


Plus tard, avec un mec compositeur et musicien, ça a été beaucoup plus simple de faire de la chanson...

Ah oui !


Cela fait maintenant une quarantaine d'années que vous collaborez avec votre mari, Areski Belkacem...

Moi, le temps, je ne connais pas. Passons ! Ce n'est pas parce qu'il est mon mari que je choisis Areski à chaque fois pour faire mes musiques. C'est parce que je le considère comme le meilleur ! Pour l'album «Prohibition», cela va du rock à la chanson française, à la musique modale. Je trouve sa musique très belle, très variée.


Dans votre album «Prohibition», vous exprimez votre colère contre tout ce qui est liberticide. Avec un sens volontiers provocateur de la formule comme dans le refrain de la chanson qui a donné son titre à l'album : «Je suis vieille et je vous enc... avec mon look de libellule». Comment vous est-elle venue ?

Comme ça ! Normal, au fil de la plume. Parce que j'écris à la main. Je ne connais pas les ordinateurs et n'en ai aucune envie.


Jugez-vous ce refrain vulgaire ?

Vulgaire ? Sûrement pas. Grossier, oui.


Il surprend d'autant plus qu'il apparaît dans une chanson à la versification classique, comme d'ailleurs la grande majorité de votre nouvel album.

Oui, même s'il y a également quelques titres en vers libres et en prose.


Avec ses images fortes, son riche vocabulaire, le titre «Harem» brille aussi par sa qualité d'écriture.

Je suis d'accord. «Harem», c'est presque du Gustave Moreau.


Combien de temps mettez-vous pour écrire une chanson ?

Une heure et demie environ, jamais plus. Le lendemain, je reprends, je recisèle, mais ça ne me prend pas beaucoup de temps. Je ne peux travailler que rapidement.


Parce que la chanson est déjà prête dans votre tête et qu'elle n'a plus qu'à jaillir sur le papier ?

Pas du tout. Au contraire, je ne sais absolument pas ce que je vais écrire quand je commence. C'est moi la première surprise.


Parmi vos nouvelles chansons, «La fiancée de Frankenstein» sonne comme du pur BrigitteFontaine, avec ce début étrange : «Un soir que je me suicidais»...

J'ai eu envie de faire un truc rigolo à partir d'un événement tragique (suicide au gaz, ndlr). On m'affuble parfois de surréalisme, mais je n'aime pas ça. Je préfère la fantaisie, et même si vous voulez, la «fantasia» !


Dans la chanson «Partir ou rester», écrite au lendemain des dernières élections présidentielles, vous vous interrogez sur votre départ. Qu'est-ce qui vous a fait rester ?

Je ne prends pas l'avion. Et puis il faut bien que je gagne ma vie et c'est ici que je travaille.


Pourquoi chanter ce titre en duo avec Philippe Katerine ?

C'est un fan et il voulait faire un duo avec moi. Alors je l'ai fait. Et j'ai été étonnée et ravie de son interprétation. Je ne le connaissais pas et le trouve très sympathique. J'ai un autre duo sur l'album. Avec Grace Jones. Je l'adore et elle m'adore, alors nous avons fait ensemble «Soufi».


Qu'est-ce qui vous plaît chez les Soufis ?

Le soufisme me passionne depuis longtemps. Parce que c'est mystique, rigolo, philosophique, poétique. Pour les Soufis, c'est la liberté qui prime. Et il n'y a aucune misogynie chez eux.


Que pensez-vous de votre public d'aujourd'hui ?

Il est plus rigolo qu'avant, plus communicatif et plein de connivence. Les jeunes de maintenant sont plus chaleureux. Avant, c'était plus coincé, plus donneur de leçon. Les gens voulaient vous fixer dans une image.


Vous leur avez aussi tendu la perche, pour nourrir l'image d'uneBrigitte Fontaine bien déjantée...

Pas du tout. C'est une image qu'ils m'avaient infligée, qu'ils voulaient que je garde ! Aujourd'hui, je me sens plus libre.


Quels artistes bretons appréciez-vous ?

Lors des deux mois que j'ai passés à Morlaix cet été, un ami m'a fait découvrir le deuxième album de Nolwenn Korbell et je l'ai trouvé formidable ! Il est tout en breton, avec une chanson en gallois. C'est tout ce que je peux vous dire.


Avez-vous déjà glissé des mots de breton dans une de vos chansons ?

Non, mais quelquefois, ça me prend en concert de faire des petits couplets en breton. Je connais plein de mots, seulement je serais incapable de faire une phrase.

Propos recueillis par Frédéric Jambon

REPÈRES

 Naissance. Le 24 juin 1939 à Morlaix.

Discographie. Débute avec Jacques Higelin («Cet enfant que je t'avais fait» est leur plus grand succès commun). A sorti une quinzaine d'albums depuis son premier 33 tours en solo, «BrigitteFontaine est... folle !» (1968). «Kékéland»(2001) et «Rue Saint-Louis en l'île» (2004) sont disques d'or. «Prohibition» est sorti le 5 de ce mois. Brigitte Fontaine a également écrit huit chansons du nouvel album de -M-, «Mister Mystère».

Livres. Une dizaine de recueils de poèmes, nouvelles et trois romans. Son prochain ouvrage, «Le bon peuple du sang», sortira en janvier 2010 chez Flammarion. Théâtre. Une dizaine de pièces et spectacles écrits seule ou à plusieurs.

 

 

 

18.10.2009

Renaud Detressan. "Airs de famille"

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(COOP BREIZH) 

Le Soldat Louis Gary Vicknam, alias Renaud Detressan, petit fils de Théodore Botrel, s'y est enfin collé. Sollicité à maintes reprises par Michel Drucker pour mettre un coup de neuf sur les chansons de son grand-père, il en sort un album d'anthologie hyper réussi.

Attaquant par une incontournable « Paimpolaise » aux accents vocaux à la Gotainer, l'ensemble séduit d'entrée. Magistralement soutenu par une imposante équipe de musiciens, Detressan, a l'art de bien passer le message : 30 ans après le 33 tours de Serge Kerval, Botrel méritait cette confirmation (réhabilitation?), faite aussi de « nouveautés » dénichées dans l'oeuvre imposante de l'aïeul. Vivement la suite !

Gérard Classe

www.myspace.com/renauddetressan

 

Page "Interview" du Télégramme du 7 août 2009

 

Dans son nouvel album, «Airs de famille», Renaud Detressan reprend des chansons de son illustre grand-père, Théodore Botrel. «La Paimpolaise» est bien sûr au rendez-vous, dans une version country-folk dépoussiérée. D'autres titres, comme «Le navire du forban», ne dépareraient pas dans le répertoire de Soldat Louis. Sous le pseudonyme de Garry Wicknam, Renaud Detressan est l'auteur des paroles du groupe lorientais, lancé il y a plus de vingt ans. Soldat Louis aussi possède un air de famille avec Théodore Botrel...


Qu'est-ce qui vous a donné l'envie de consacrer un album à des chansons de votre grand-père, Théodore Botrel ?
Quand j'ai commencé ma « carrière» - je tiens aux guillemets - il y a une trentaine d'années, il était noté dans mon dossier de presse que j'étais le petit-fils de Théodore Botrel. Du coup, les journalistes, Michel Drucker en tête, me demandaient tout le temps si j'allais lui consacrer un disque. Moi, franchement, j'en avais un petit peu marre d'être son petit-fils et j'aurais préféré qu'ils s'intéressent d'abord à mes chansons. Ma tante - deuxième fille de Théodore Botrel et soeur de ma mère aujourd'hui décédée -, m'a dit aussi qu'elle aimerait que je fasse un album de ses chansons. En allant prémaquetter le dernier album de Soldat Louis à l'île de Ré où elle habite, j'ai fini par le lui promettre. Alors, je m'y suis attelé. Et j'ai pris beaucoup de plaisir !

Comment avez-vous choisi les chansons ?

Avec Jean-Paul Barrière, qui fait les arrangements et les claviers de Soldat Louis, on a feuilleté beaucoup de partitions d'époque, celles qu'on appelait des «petits formats». J'ai aussi des disques de Théodore Botrel à la maison : des copies de chansons qu'il avait enregistrées sur rouleaux et qui ont été gravées en CD. C'est émouvant de l'entendre, mais c'est aussi parfois inaudible : son interprétation, où il roulait les «r», était très théâtrale. J'ai choisi une dizaine de chansons que je me sentais capable de défendre, sans «youyou» ni «tralalalalère» qui ne sont vraiment pas mon truc (rires). Avec Jean-Paul, on est resté fidèle aux mélodies mais on a modifié certaines harmonies. Les chansons ont été accommodées à ma «musique de base » : un univers country, californien, avec des climats à la Neil Young, Bob Dylan, Zachary Richard...

Dans votre version, «La Paimpolaise» brille d'un éclat nouveau. Avez-vous beaucoup retouché l'originale ?

La «vraie» fait une quinzaine de couplets. Je l'ai réduite à trois. Je me suis aussi permis de changer la fin, parce que dans une version country, je ne voulais pas que ça finisse mal. J'ai aussi un peu modifié le texte d'une autre chanson, «Les filets vides». Il était tellement mélo que ça en devenait pesant. Et puis, je suis sûr qu'aujourd'hui, Pépé les aurait écrites comme ça ! J'ai été rassuré par la lettre d'une cousine. En commentant l'album, elle m'écrivait avoir été très émue et elle m'a noté cette phrase qui m'a touché: «Tu es très fidèle dans l'infidélité».

On découvre de multiples aspects de votre grand-père qu'on ne soupçonnait pas forcément : il y a les chansons tendres, mélancoliques, mais aussi une chanson à boire, «La Fanchette», un chant de marin, «Le navire du forban», et cette chanson engagée, «Le couteau»...

"Le couteau", c'est l'exemple-type de ce qu'on appelle la chanson réaliste. Il y a d'un côté le riche, de l'autre le pauvre, et elle s'achève par une morale en guise d'avertissement : «Vous dormirez en paix, ô riches, vous et vos capitaux, tant que les gueux auront des miches, où planter leur couteau.»

Y a-t-il des chansons que vous avez redécouvertes sous un jour nouveau en vous les appropriant ?

C'est le cas de «Goélands et goëlettes». Quand j'étais enfant, je ne pouvais pas la supporter, alors qu'aujourd'hui, c'est quasiment ma préférée. Mais il faut resituer le contexte. J'ai passé mon adolescence à Pont-Aven, dans l'espèce de castel familial qui avait appartenu à mon grand-père, - que je n'ai bien sûr pas pu connaître puisqu'il est mort en 1925. Il a eu ses enfants très tard et ma mère n'avait que deux ans quand il est mort. Pour les cars de touristes allant à Pont-Aven, c'était devenu une habitude de s'arrêter visiter notre maison. Ma grand-mère ou mes parents servaient de guides. Mais s'ils étaient absents, c'était à moi de montrer «le bureau de Théodore Botrel», «le lit clos qui servait de bibliothèque à Théodore Botrel», « le piano de Théodore Botrel»... Franchement, même si on me donnait une petite pièce, ce n'était pas rigolo. En plus, comme notre famille était très connue dans Pont-Aven, les enfants avaient l'obligation de montrer l'exemple : pas de bêtises, pas de jean, être bien coiffés... À un moment, Pépé, je ne pouvais plus le supporter ! Ni sa chanson «Goélands et goëlettes» parce qu'au lancement de chaque Fête des Fleurs d'Ajonc à Pont-Aven - fondée par mon grand-père-, un trio de chanteuses l'interprétait devant notre maison. Pour l'occasion, on nous obligeait à nous tenir derrière elles en costume traditionnel breton. J'étais ado et je trouvais ça étouffant !

«Airs de famille» vous a-t-il réconcilié avec votre grand-père ?

Bien sûr. Et je suis encore loin de connaître l'intégralité des 800 à 1.000 chansons et poèmes qu'il a écrits ! Faire ce disque a été un vrai bonheur. Lorsque je l'ai terminé, j'ai eu un pincement parce que j'avais l'impression de quitter un univers et un personnage qui m'étaient chers. Théodore Botrel avait un humour qui me plaît bien. Il y a cette anecdote. Un jour, quelqu'un voulant le rabaisser en lui rappelant ses origines modestes, lui avait demandé de qui il descendait. Il avait répondu : «Moi ? Je monte d'un forgeron !» Je me suis retrouvé aussi désemparé en finissant «Airs de famille» que lorsque je boucle une série de chansons de Soldat Louis. En tant qu'auteur cette fois, je raconte alors l'histoire d'un gars qui n'est pas moi, parce que je ne suis ni marin, ni tatoué, ni buveur de bière. Seulement, c'est un bonhomme que j'aime bien.

Théodore Botrel serait-il le grand-père spirituel de Soldat Louis ?

Les deux se rejoignent dans les chansons tendres, un peu marines et engagées. Sans Théodore Botrel, peut-être que je ne me serais pas aventuré à écrire les chansons de Soldat Louis. En tout cas, il est clair que je n'aurais pas écrit de la même manière. Et maintenant que j'ai eu tout loisir de revisiter ses poésies, ses mélodies et ses chansons, je suis très enthousiaste pour écrire les paroles du prochain album de Soldat Louis, que je dois achever pour la fin de l'année. En fait, je suis un escroc de première (rires) : je lui ai piqué plein d'idées à ce monsieur-là (NDLR : il désigne la photo de son grand-père) !

«La couleur du vent», dernier album original que vous avez sorti sous le nom de Renaud Detressan, a quatre ans. À quand son successeur ?

Il est déjà écrit, mais je trouve l'ensemble un peu trop nostalgique. Alors je vais attendre de le compléter par d'autres chansons.

Vos concerts actuels se partagent entre ceux que vous donnez avec Soldat Louis et Ren Ren. En quoi consiste cette deuxième formation ?

C'est un duo country-cajun où, avec Jean-Paul Barrière, nous interprétons des chansons à nous et des reprises de Ferrat, Jo Dassin, Bashung... Pour nous, c'est une récréation qui nous permet aussi de changer d'univers.

Propos recueillis par Frédéric Jambon

 

REPÈRES

Naissance. Le 16 novembre 1956 à Lorient.

Discographie. «On est comme on est » (1981), «Y'aura toujours quelqu'un...» (1982), «Carré noir» (1986), «La couleur du vent» (2005), «Airs de famille» (juillet 2009). Dix albums avec Soldat Louis depuis 1988. Un album avec Ren Ren (1990).

 

 

05.02.2009

Machin Machine

4e44176055ec29938766365d2d27db10.jpg(AUTOPRODUCTION)

 L'amour, l'hygiène et la mort : des thèmes essentiels pour ce trio finistérien qui manie le burlesque et l'impro théâtrale aussi bien que les piano-toy, guitares, basse, percus sur tréteaux et autre xylos. Son terrain de jeu est large : ballades funèbres, parodies punk, rock sauvage, valses fantaisistes... Un répertoire "antilogique" qui, sur scène, donne lieu à un véritable show. A découvrir à travers les 15 titres du CD, mais aussi en images, grâce au DVD qui contient une heure de concert et une dizaine de bonus déjantés. Chaque exemplaire de ce livret fleuri est unique et cousu main par les musiciens ! C.R.

Site : www.machinmachine.fr

 

COUP DE COEUR 2008 

Ray Bruneau (responsable des programmes de France Bleu Breizh Izel). "C’est un premier album très prometteur. J’adore les musiques et les textes. Ils sont originaux, crus, incongrus. Quel bonheur ! On manque tellement de folie... Je les place dans la lignée de Sharlubêr ou de Raoul Petite. On va les suivre de près à la radio. Machin Machine, ça part dans tous les sens, c’est neuf et ça fait du bien !"

Jaffrès. "Nos premières années"

a9b6e6543e19e0c3ba665ce82aa191a8.jpg(KELOU MAD/COOP BREIZH)

 

 

Le chanteur saint-politain établi depuis longtemps en Belgique ouvre la boîte à souvenirs. Gérard Jaffrès place ici des chansons qui ont marqué ses débuts de musiciens, il y a déjà 35 ans. Des titres comme « Belle » ou « A l'encre de Chine » ont des sons très datés variété des années 80. Cela leur donne un charme rétro. Le chanteur glisse aussi sept chansons inédites dans son nouvel album. « Nos premières années » et « Ma première chanson » oscillent entre nostalgie et mélancolie. Ce n'est pas le cas de « Rockabilig », sympathique délire crêpier où « galette saucisse » rime avec Elvis.

Frédéric Jambon

 

Site : www.gerardjaffres.com

 

COUP DE COEUR 2008

Jérémy Kergourlay (lecteur de Saint-Pol-de-Léon). "Gérard Jaffrès nous offre un très bel album. Parmi les sept titres inédits, l’un de mes préférés est « L’artiste », les paroles sont magnifiques et très touchantes. Je trouve cet album plus engagé et sensible. Un peu nostalgique parfois, mais l’humour a sa place. J’adore aussi le mélange des genres. Sa musique est entraînante et nous promène entre ballades poétiques, rock bien rythmé et sonorités country. Il mérite d’être très connu."
 

 

 

29.12.2008

Yves Leblanc. "Au petit bal"

08798c22a931fa8c83028774b27d988d.jpg(CO LE LABEL)

 

Multi-instrumentiste et grand spécialiste des danses bretonnes, Yves Leblanc est connu pour les stages, bals et festoù-noz qu'il anime régulièrement (parfois avec les groupes Jacal et Les Six Troncs). Il est aussi l'auteur, notamment avec Mike James, de CD et DVD consacrés à la musique bretonne à danser. Avec l'album « Au petit bal » sorti à l'automne 2008, cap sur la chanson française. Mais le virage se fait en douceur car si l'artiste, auteur-compositeur-interprète, nous fait visiter son propre univers, les airs restent attachés au répertoire des musiques à danser (valses, scottisch, mazurkas, madison...). Beaucoup d'amis et de membres de sa famille viennent habiller ses chants de hautbois, flûte, uillean pipe, saxo, trompette, violon, clarinette ou accordéon. Un album très dansant. On n'en attendait pas moins d'un « petit bal » ! Catherine Richard

Site : www.yves-leblanc.com

26.12.2008

Arnaud Le Gouëfflec. "A Dreuze"

07dc1d71287617838124151e285cf45f.jpg(LAST EXIT RECORDS)

 

 

Le titre annonce la couleur. L'univers d'Arnaud Le Gouëfflec part « A Dreuze », c'est-à-dire de travers par rapport aux chemins balisés. Voilà ce qui arrive quand on abuse du vol astral. Il glisse la confidence dès la première chanson, sur un mode chanté-parlé gainsbarien. Humour, surréalisme et taquineries parsèment les quatorze titres de notre « merveilleux chou chantant ». On balance du yéyé (« Poupée ») au planant psychédélique, emporté par son Orchestre Préhistorique à l'instrumentarium étonnant. Boîte à meuh, tuyau, bulles dans l'eau et autres cailloux et graviers se font une place à côté des instruments usuels du rock. La chanson-titre conte une histoire d'amour contrarié. Un thème plus courant que « Les enseignements de Ramakrishna », dont le Brestois avoue de toute façon avoir tout oublié.

C'est la première participation d'Arnaud Le Gouëfflec au Grand Prix du Disque du Télégramme. L'artiste polymorphe a par contre déjà concouru au Grand Prix des Lecteurs du Télégramme 2008 avec son roman « Les discrets ».

Frédéric Jambon

 

Site : www.myspace.com/arnaudlegouefflec

23.12.2008

Léo Marais. "Tatoué"

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Chanteur de charme à la voix éraillée et chaude, léo Marais est un artiste populaire à Tahiti. De discrètes touches d'exotisme (haka, cris guerriers, ukulélé) épicent sa variété pop-rock, aux mélodies accrocheuses et aux refrains entêtants. La chanson-titre « Tatoué » n'est que l'un des tubes potentiels de l'album. « Donne-moi toujours », « Elle est belle », « Ile » ou son duo « Vaiho Mai » avec la chanteuse Laiza Pautehea sont d'une efficacité comparable. Essentiellement dédié à l'amour, l'album s'achève sur une chanson émouvante, « Je n'aurai plus le temps », qui aborde le thème de la mort, appelée « la dame aux roses blanches ». Léo Marais est la nouvelle aventure musicale de Frédéric Dafniet, originaire de la région morlaisienne. Avant de s'installer en Polynésie, il avait écrit de belles pages du rock breton des années 80 au sein du groupe Offenheit.

Frédéric Jambon

 

contact : leomarais@mail.pf

 

12.12.2008

Gilles Thoraval. "Rêveurs de lendemains"

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Ce nouvel album de l'artisan Thoraval apporte une note de fraîcheur rassurante. Celle d'un compositeur, parfois d'un auteur, mais toujours d'un vrai chanteur. Fidèle à son habitude, le gars de Guidel nous gratifie, en plus de ses créations, d'un superbe coup de neuf à quelques oeuvres tellement essentielles qu'elles n'ont pas toujours passé le terrible obstacle du choix médiatique (pas forcément celui d'instinct du public). Cela donne des réussites vivifiantes comme les « Horizons » d'Yvon Étienne, « L'Automne » de Patrick Font et quelques autres. Mais lorsque Thoraval lance d'entrée sa « Fille Europe » à lui, soutenu par trois chorales, on devine sans crainte que tout l'opus sera très plaisant.

Gérard Classe

 

Site : www.thoraval.fr

 

Le dos de la cuillère. "Antidote"

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Fini les concerts de reprises ! Depuis ses débuts il y a quatre ans, le quintet finistérien s'est taillé son propre répertoire et concocté son "Antidote". Entre chansons et ballades folk, les douze titres poétiques chantent la vie à travers les saisons, les bonheurs simples, le temps qui passe, l'amour ou la famille, abordant également la modernisation et les
problèmes écologiques. Ils prennent parfois des teintes celtiques quand la flûte s'invite sur les airs de guitares acoustiques.  Avec Pierre Géréec et Laurent Gourvez (guitares),
Michel Guernic (basse), Dominique Bonnardel (batterie) et Jean-François Brochec (accordéon, harmonica, clarinette, flûte, percussions).

Catherine Richard

 

Site : http://ledosdelacuillere.free.fr

 

10.12.2008

Lyz'an. "Comment te dire"

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Ce premier CD à grande échelle, au son excellent, lui aussi très attendu par ses nombreux souscripteurs, la jeune chanteuse du Sud-Finistère l’a longuement peaufiné. Arrangé par Thierry Kerjose, son douze titres en comprend dix (dont neuf inédits) signés Renaud Detressan. L’auteur-compositeur et chanteur de Soldat Louis, séduit par leur rencontre, les lui a offerts tel un passeport vers le succès. Il reste à cette voix puissante à passer le cap de la diffusion. Pour le tube «On est comme on est » qu’elle revisite avec brio, mais aussi les autres titres dont « Besoin de toi» qui a tout pour bien décoller.

 

Gérard Classe

 

Site : http://lyz-an.musicblog.fr

 

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