31.01.2008

Jean-Charles et Fred Guichen : "Une reconnaissance extraordinaire"

« C’est une reconnaissance extraordinaire. Elle nous donne confiance dans le travail que l’on fait depuis des années. Parce que pour les musiciens de Bretagne, le Grand Prix du Disque du Télégramme vaut bien une Victoire de la Musique ! ». Paroles des heureux lauréats de la cinquième édition : Jean-Charles et Fred Guichen. Ils l’emportent avec « Dreams of Brittany », un album instrumental à la beauté universelle, bretonne et contemporaine.
 

 

Ils ont animé leur tout premier fest-noz à Duault, en centre-Bretagne, en 1986. Jean-Charles Guichen (NDLR : on prononce « Guichène ») avait 16 ans, son frère Fred pas encore 14. Le premier avait alors déjà dix ans de guitare derrière lui. C’est en assistant à un concert de Dan Ar Braz qu’est née sa vocation. La rencontre de Soïg Sibéril et la découverte du jeu en accord ouvert l’ont plus tard conforté dans son choix.
Fred s’est retrouvé à 12 ans avec un accordéon dans les mains, contraint et forcé. Mais son professeur Rémy Martin et l’écoute des Pogues lui ont fait enfin aimer son instrument. Il en est aujourd’hui l’un des grands virtuoses, développant un son d’une couleur unique.

Energie explosive
Dans les années 80, les jeunes au fest-noz n’étaient pas pléthore. Naturellement, les anciens ont appelé les frères Guichen « Ar Re Yaouank » (« Les jeunes » en breton). C’est sous ce simple nom qu’avec trois complices de leur âge, ils allaient bouleverser radicalement le paysage musical breton des années 90.
« On ne supportait pas d’entendre des collègues qualifier la musique bretonne de "biniouserie". Alors on a voulu faire un groupe capable de cartonner aussi bien en fest-noz que dans les festivals de rock », se souvient Jean-Charles. Mission accomplie. Avec son énergie explosive, Ar Re Yaouank a su entraîner de jeunes foules au fest-noz, enregistrant quatre albums de référence. La vague n’était pas prête de retomber lorsque le groupe s’est dissous en 1998. Il a fallu alors annuler 70 dates déjà calées sur l’agenda.
Ensuite, Fred et Jean-Charles Guichen ont sorti chacun un album solo, participé à la Celtic Procession de Jacques Pellen, enregistré avec Alan Stivell. La collaboration de Jean-Charles avec le trio de guitares PSG dure toujours.


Olympia, Russie, Taïwan
Leur quête de musique héritée de la tradition et ouverte aux influences actuelles s’est poursuivie dans deux albums en quartet, « Mémoire vive » (2002) et « Frères » (2004). Les Guichen les ont défendus à travers le monde.
« Dreams of Brittany » date de novembre 2007.
En 2008, nos ambassadeurs quitteront souvent la région de Lannion où ils vivent afin de partager largement leurs rêves de Bretagne. Ils vont se produire à l’Olympia à Paris le 23 février, à Tahiti la semaine suivante, puis en Pologne, en Russie, au Canada et à Taïwan.

Frédéric Jambon

27.01.2008

Tri Yann. "Abysses"

medium_CD_TRIYANN_07.jpg(SONY/BMG)

 

INTERVIEW DE TRI YANN PARUE LE 24 OCTOBRE 2007 DANS SORTIES

 

 

 

PLONGEE DANS L'IMAGINAIRE SOUS-MARIN

 

37 ans plus tard, Tri Yann tient toujours bon la barre. Dans son nouvel album, « Abysses », le groupe nantais délaisse
loup, renard et belette pour partir à la rencontre des créatures qui peuplent le fond des mers. Jean-Louis Jossic, l’un des
trois Jean « historiques », signe les paroles du disque. Il les interprétera bientôt en concert dans sa tenue de crustacé,
entrecoupant les chansons de contes dont il a le secret. Il a évoqué cette nouvelle aventure avec nous.

« Abysses », est une plongée dans l’imaginaire sousmarin. Est-ce l’album où Tri Yann s’est le plus
mouillé ?
Exactement. Parce que c’est la première fois où l’on a tout fait du début à la fin : paroles, musiques, arrangements pour les cordes et les cuivres... Il n’y a rien de traditionnel dans « Abysses », même si, tant musicalement que dans l’écriture des textes, l’inspiration demeure traditionnelle. On s’est également mouillé dans le traitement du son. Comme ça se passe au fond de l’eau où le son ne peut pas être le même qu’à la surface, dans l’oxygène, on a utilisé des samples, des effets électro... Ils constituent une espèce de fil rouge entre les morceaux.

Finalement, il y a autant de choses à raconter sous que sur les flots...
C’est vrai que le sujet est vaste. Le monde sous-marin demeure un univers inconnu et mystérieux ! On a décidé du thème en sortant l’album précédent, « Marines », conçu comme la première partie d’un diptyque. Plutôt que d’appeler la seconde « Sous-marine », on a choisi le mot « Abysses », qui fait quand même moins gag.


Pourquoi consacrer la première chanson à Neptune ?
Par souci d’ouvrir sur un morceau qui l’apaiserait, histoire de ne pas déclencher son courroux. Je suis nantais et la devise de la ville est « Favet Neptunus eunti », ce qui peut se traduire par « Neptune favorise les voyageurs ». Mais on parle ici du Neptune positif, celui qui apporte gloire et fortune. En faisant mes recherches pour écrire les paroles du nouvel album, j’ai redécouvert à quel point il pouvait aussi être méchant ! C’est quand même lui qui déclenchait les tempêtes...


Vous évoquez aussi des faits réels. Pourquoi consacrer une chanson au drame du « Lancastria » ?
Parce que c’est la catastrophe maritime la plus meurtrière de tous les temps et qu’elle a eu lieu en 1940 au large de Saint-Nazaire. C’est un fait réel, un sujet dramatique, comme ceux que l’on traite en gwerz dans la tradition bretonne. Le nombre estimé des noyés va de 4 à 7.000.

Vous consacrez également une gwerz à la ville d’Ys, cette fois chantée en breton. Est-ce important pour Tri Yann d’interpréter des textes en breton ?
Oui parce qu’à notre avis, on ne peut évoquer la Bretagne, même en étant haut-breton, s’il manque une de ses deux langues dans le disque. Pour nous, c’est une nécessité. Et c’est également une fierté. Avec un total de 3,3 millions de disques, Tri Yann est le groupe qui a vendu le plus d’albums incluant des paroles en breton. Nous estimons avoir un devoir de sensibilisation dans la région, en France, en Europe et dans le monde en montrant que cette langue existe et qu’elle est belle !


Quels autres critères doivent être réunis pour qu’un album sonne Tri Yann ?
Que les chansons, même lorsque ce sont des créations, s’inscrivent dans le style d’expression de la tradition bretonne. Il y a des émotions comparables à celles des gwerzioù, comme « Le Lancastria ». D’autres morceaux plus futiles correspondent aux moments de danses, avec des thèmes très répétitifs. On a fait d’autres emprunts à la tradition dans « Abysses » : une chanson-gigogne, « Dans la lune au fond de l’eau », une autre sur le thème des métamorphoses, « Gavotten ar seizh ». Pour écarter un amant importun, une jeune fille se transforme en dauphin. Lui dit : si tu deviens dauphin, je me ferai filet pour te capturer. Elle : si tu deviens filet, je me ferai rocher pour te déchirer, etc. Je me suis inspiré directement d’une chanson traditionnelle du Pays nantais.


Côté musique, même si l’ancrage est traditionnel et baroque, vous utilisez aussi des cordes, du rock, de l’électro. Vous n’excluez rien ?
Non, parce que ça s’est toujours passé comme cela. La première des traditions bretonnes, c’est la création ! La musique
bretonne n’a pas grandi en vase clos par générations spontanées. Elle s’est développée dans un contexte européen et
mondial. On est un pays de marins ! Nos ancêtres ne se posaient pas la question de savoir si un instrument avait été inventé en Bretagne lorsqu’ils souhaitaient l’adopter et en jouer de leur propre manière. Il n’est pas plus révolutionnaire
aujourd’hui d’utiliser la guitare électrique ou l’électro en musique bretonne qu’il ne l’a été pour un paysan d’adopter le violon des Italiens afin de rythmer un andro et une gavotte.


Avec ses 37 années d’existence, Tri Yann est le doyen des groupes français. Comment s’explique une telle longévité ?
D’abord par le fait qu’au départ, on est une bande de potes. Ce n’est pas un groupe issu d’un casting dont les membres
se tapent dessus dès qu’arrive la démode qui suit la mode. Une autre raison, c’est qu’on a géré tout dès le début comme une entreprise, en s’occupant de nos destinées de A à Z. Nous n’avons pas d’agent artistique. C’est Jean Chocun, l’un des trois Jean du départ, qui est au bureau à passer les coups de fil pendant qu’on écrit les arrangements
qu’il va ensuite interpréter. Il y a ce côté autogestion où chacun a un rôle concret. Les décisions sont prises de façon collégiale, tout est déclaré en nom collectif, Tri Yann. Même si c’est moi qui écris les paroles, c’est aussi important que quelqu’un d’autre assure la compta et que cette personne touche des droits sur les paroles. Nous sommes nos producteurs, nous avons notre propre studio, nous n’avons jamais été dépendants de quinconque, et surtout pas des requins qui peuplent ce métier et pas seulement le fond des océans.
Enfin, dès le début, on a toujours attaché une très grosse importance à la scène, en intégrant les armes spectaculaires des autres musiques.
 

Quels nouveaux costumes préparez-vous pour la tournée « Abysses » ?
Moi, je serai un crustacé, un mélange de homard, de crabe, de tout ce qu’on veut. Il y a également un costume représentant la mer d’une manière conceptuelle, un coquillage, une méduse, une licorne d’argent et même un diable-évêque. Pour faire peur - et se moquer de la religion -, les marins du Moyen-Age disaient à leurs copains qu’ils en avaient croisé un. Ils le décrivaient comme un poisson incroyable, couvert d’écailles avec une tête d’évêque !

Propos recueillis par Frédéric Jambon

Site officiel : http://edoll.free.fr

25.01.2008

Jean Baron - Anne Auffret - Christian Anneix

cffdb2afabdea3dc3ce9e82e28f77053.jpg(KELTIA MUSIQUE)

Quand la tradition, disons aussi le patrimoine, nous revient, pur mais pas dur ! Quand les cordes de la harpe s’entremêlent judicieusement aux sonorités depuis si longtemps complices autant que complémentaires d’une bombarde et d’un biniou koz ! Et quand la voix d’une Anne plus que jamais de Bretagne porte si haut le chant ancestral… C’est rien que du bonheur ! Celui de retrouver Baron et Anneix  au meilleur de leur couple de sonneurs dans cet album vivifiant fait d’une douzaine de classiques plus ou moins mémorisés du grand public et une composition signée Auffret-Anneix. Entre Pays Gallo et Basse Bretagne, il reprend en final la célèbre « Voici la Saint Jean  » interprétée cette fois à trois voix. Conclusion harmonieuse d’un ensemble d’ores et déjà inscrit au registre des témoignages indispensables à la culture d’un pays. 

Gérard Classe

Site : http://baron-anneix.ifrance.com

22.01.2008

Roland Conq Trio. "An atalier"

medium_CD_CONQTRIO_07.jpg(COOP BREIZH)

Quatre ans après son premier CD, le Roland Conq Trio confirme et affine. Ses cordes intrépides visitent en les mixant avec délice, genres musicaux, terroirs et territoires.
Guitares acoustiques et électriques et contrebasse, se délient comme jamais autour des compositions maison (Roland Conq, Vincent Guérin et Erwan Béranger) ou de traditionnels
arrangés dans la couleur très personnelle du trio. Sur deux titres, la mandoline de Patrick Vaillant et, sur deux autres, le violon de Ronan Pinc (dont un étourdissant reel, rappelant
la Danse des Damnés de Malicorne), viennent souligner un travail remarquable à
l'écoute très agréable. Ce bel album est forcément destiné à passer en boucle
dans les ambiances feutrées des coins de feux conviviaux. Il permet aussi d'apprécier
l'extrême qualité d'un groupe à découvrir absolument en concert.


Gérard Classe

Site : www.coop-breizh.com

16.01.2008

Yudal Combo

medium_CD_YUDALCOMBO_07.jpg(COOP BREIZH)

La musique bretonne de Yudal Combo est ouverte et vagabonde. Jazz, funk, thèmes des Balkans ou suédois sont les bienvenus dans les morceaux dynamiques du sextet. Depuis qu’il a remporté le concours inter-lycée de Lannion en 2001, le groupe a évolué, récoltant au passage de nouveaux lauriers au Kan Ar Bobl de Pontivy et à la Bogue d’Or de Redon. Ce sont désormais cinq musiciens (aux contrebasse, accordéon, bombarde-flûte, batterie-percussions, guitare) qui accompagnent la chanteuse Ariane Guguen. Elle s’exprime en breton et en français, comme dans sa reprise originale d’« A l’ombre du cœur de ma mie » de Georges Brassens.

Frédéric Jambon

Site : www.yudalcombo.com

 

Potes Flor'. "Folk-noz"

medium_CD_POTESFLOR_07.jpg(AUTOPRODUCTION)

Pas d’esbroufe chez les Potes Flor’ : Florence Glorion (accordéon chromatique) et Florence Pinvidic (accordéon diatonique) collent à la mélodie et à l’esprit des danses traditionnelles pour mieux en diffuser les saveurs. Les quatorze titres de leur « Folk-noz » entraînent l’auditeur de polka (de Paimpol) en quadrille (de Locquénolé), via de jolies valses (« La Mal-Aimable », « Va zad »), une mazurka, un hanter dro... Des touches de flûtes, d’harmonica et de bodhran élargissent leur palette sonore.

Frédéric Jambon

Site : http://potesflor.info

 

15.01.2008

Plantec."A-Raok"

medium_CD_PLANTEC_07.jpg(AZTEC/COOP BREIZH)

La séduction commence avec le design de l’objet. Comme sur un tableau noir, le titre « A-Raok » symbolise, par un écrit aérien, l’envolée de ce groupe authentique. Fidèle à une démarche identitaire évolutive, les frères Plantec and Co ont créé un joli bijou, troisième éclat d’une lignée qui sait chaque fois surprendre dans le bon sens. Car « A-Raok » vient de trouver sa voix. Muet sur les deux albums précédents, le groupe vannetais s’offre désormais la contribution vocale hors pair du Quimpérois Mael Lhopiteau, fils de Marin, le luthier harpiste de Dremmwel. L’ensemble, qui « cousine » avec la grande époque Alan Stivell, affiche clairement un digne atavisme. Cet album, auquel on reprochera seulement
le manque de traduction en français de la présentation en breton, est l'un des événements régionaux de l’année, sans frontières restrictives.

Gérard Classe

Site : www.myspace.com/plantec

 

13.01.2008

Menestra. "Yaouank forever"

medium_CD_MENESTRA_07.jpg(COOP BREIZH)

Dix déjà mais « Yaouank forever » : « jeunes pour toujours » ! Les membres de Menestra marquent leur première décennie au service d’une musique gallèse audacieuse en sortant leur troisième album. La vielle à roue de Gurvan Kerbœuf demeure le premier identifiant fort du quartet. Il plonge sans complexe son instrument dans des ambiances funky, disco ou jazz-rock, sans jamais perdre le rythme des danses : scottisches, passepieds, ronds de Loudéac... Deux invités le rejoignent le temps d’un « Trio de vielle » trad, dont l’âpreté tranche avec le groove dominant de l’album.

 Frédéric Jambon

Site : www.menestra.fr.st

 

12.01.2008

"50 ans de Kan ha Diskan" avec Loeiz Ropars

medium_CD_KANHADISKAN_07.jpg(COOP BREIZH)

Le kan ha diskan - chant breton à répondre - doit beaucoup à des hommes comme Loeiz Ropars, disparu le 3 novembre 2007 à Quimper, à l'âge de 86 ans. En organisant en
1954 à Poullaouën un concours de chants à danser, prolongé l’année d’après
du premier fest-noz en salle, il a su en raviver la flamme. D’autres manifestations analogues ont suivi. Loeiz Ropars a alors enregistré de fortes personnalités : Catherine Guern (née en 1874), François Ménez, François-Louis Gall, Ernest Hourman, Pierre-Jean Motreff... Ce double CD permet de savourer leurs chants dynamiques. D’autres grands interprètes, dont Loeiz Ropars lui-même, interviennent au fil de la soixantaine de morceaux proposés. Souvent poussés par le martèlement des pas des danseurs, ils communiquent au-delà du temps leur irrésistible entrain. Un copieux livret présente photos, commentaires et paroles des chansons (en breton avec traduction française). Un opus historique !

Frédéric Jambon

Site : www.coop-breizh.com

 

ALBUM COUP DE COEUR 2007

Coup de coeur d'Yvon Jézéquel (directeur de Dialogues Musiques à Brest) : « L’objet m’a complètement emballé. Les photos, le livret, les textes, le parcours musical de Loeiz Ropars : c’est le travail de toute une vie au service de la mémoire et du patrimoine breton. Je suis ébahi devant toute cette richesse : c’est splendide, ça donne des frissons. Toute la musique d’aujourd’hui part de là, c’est une somme culturelle extraordinaire, un morceau d’histoire magnifique».

 

11.01.2008

Hamon Martin Quintet. "Les métamorphoses"

medium_CD_HAMONMARTIN_07.jpg(COOP BREIZH)

Gardien des traditions de Haute-Bretagne, le Hamon Martin Quintet élargit leurs horizons. Les frères Erwan et Mathieu Hamon (aux bombardes, flûtes et au chant gallo), Janick Martin (accordéon diatonique), Ronan Pellen (cistre) et Erwan Volant (basse) gardent le cap
de la danse. Leur nouvel album (quatrième de l’histoire du groupe) aligne ridée, laridé, anter-dro, rond paludier, polka... S’y ajoutent une jig et un plus exotique raga. Trad’ ou
originales, les chansons sont comme il se doit peuplées de « belles demoiselles ». Les textes touchent par leur poésie souvent surréaliste (« Le grand voyageur »). Mais c’est la luxuriance des arrangements qui fait des « Métamorphoses » un disque à part. Les interventions des invités - le guitariste Jacques Pellen et le batteur Jean-Marie Nivaigne - n’y sont pas étrangères. Ils déchirent l’espace traditionnel de fulgurances jazz, rock ou ethniques, parfois déroutantes, toujours enthousiasmantes.

Frédéric Jambon

Site : www.hamonmartin.com

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