13.11.2006
Didier Squiban. "La plage"
Des vagues de jazz, de classique et de musique bretonne caressent « La plage » que le pianiste Didier Squiban parcourt en quartet.
Didier Squiban avait d’abord pensé appeler son nouvel album « Da lec’h all » (« Autres directions» en breton) : « Ça aurait été symbolique de ce disque où je change de cap tout en me rapprochant de mes origines jazz avec la formule sax-contrebassebatterie-piano ». Finalement, il est resté fidèle à son principe de baptiser ses opus du nom du lieu où il les a enregistrés (« Molène », « Porz Gwenn », etc...). « La plage » dont il est question ici n’est pas une étendue de sable mais une guinguette située à Pléchâtel, sur la Vilaine. Le pianiste l’a investie à la morte saison avec de fidèles complices : Bernard Le Dréau (saxophones) et Jean Chevalier (percussions), ainsi qu’un nouveau venu dans son univers, Simon Mary (contrebasse).
Le disque ouvre sur « Quatuor les Sept Iles », invitation à une visite onirique de l’archipel des Sept Iles au large de Perros-Guirec. « Le point de départ de ces sept compositions, raconte Didier Squiban, est une commande du Quatuor de Chartres. Cette formation classique professionnelle m’a demandé une oeuvre originale d’une vingtaine de minutes pour quatuor à cordes. Je l’ai écrite mais sa création a été retardée. Et puisque j’enregistrais un disque, je me suis amusé à reprendre les thèmes développés pour le quatuor à cordes en les arrangeant cette fois pour quatuor... de jazz ».
Sans désavouer sa partition, le compositeur convient qu’avec l’ouverture à l’improvisation, sa musique a gagné « 200% de liberté ». Chaque thème porte le nom d’une île. Nom qui a servi de point de départ à l’inspiration de Didier Squiban puisque le musicien confesse ne s’être jamais approché d’aucune des Sept Iles. Pour promener l’auditeur de Jantilez jusqu’à Riouzig, l’équipage louvoie entre jazz, classique et musique bretonne. Un choral façon Bach, un andro, une gavotte, une valse, des hommages à Bill Evans et même un clin d’oeil furtif à Jean-Jacques Goldman agrémentent la balade.
Le disque continue avec une « Suite marine » en trois morceaux. « Le premier, qui porte lui-même le nom de "La plage", est une petite mélodie, commente Didier Squiban. Je l’ai écrite en référence à "La mémoire et la mer" de Léo Ferré. J’ai pensé aussi aux climats dans lesquels le bassiste Gary Peacock aimait entraîner Keith Jarrett. Le second, "Le Café de l’ancre", part d’une ridée à six temps que j’ai voulu jouer en jazz en lui donnant un petit côté baluche. Le troisième, "Petit air marin", est la reprise d’une composition que je jouais en piano solo dans l’album Porz Gwenn ».
Bernard Le Dréau enrichit le thème d’un superbe solo de saxophone. L’appellation « Da lec’h all » figure bien dans le disque puisque c’est le sous-titre que le pianiste finistérien a donné à sa « Sonate en trio ». Les amateurs de musique bretonne y reconnaîtront le thème traditionnel de « Maro eo ma mestrez » ainsi que le « Tribut de Nominoë », une des pièces les plus anciennes consignées dans le recueil du « Barzaz Breiz ».
Féru de terminologie classique, l’opus s’achève sur une « Coda ». Entre l’intimité du piano solo et la luxuriance de l’orchestre symphonique de sa récente « Symphonie Iroise », Didier Squiban a retrouvé la formule du quartet avec un bonheur que ses fans internationaux partageront. La seule petite frustration du disque tient dans la minceur du
livret. Elle contraste avec les luxueux albums photos qui accompagnaient ses opus précédents.
Frédéric Jambon
Site : http://www.loz-production.com/didier_squiban
16:20 Publié dans Edition 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : squiban, jazz, musique bretonne, classique, grand prix du disque, îles







