20.10.2009
Jean-Christophe Spinosi. « S’ils viennent du coeur, trois mots suffisent »
Vous avez déjà obtenu les plus prestigieuses récompenses internationales et françaises en musique classique.
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18.10.2009
Renaud Detressan. "Airs de famille"

(COOP BREIZH)
Le Soldat Louis Gary Vicknam, alias Renaud Detressan, petit fils de Théodore Botrel, s'y est enfin collé. Sollicité à maintes reprises par Michel Drucker pour mettre un coup de neuf sur les chansons de son grand-père, il en sort un album d'anthologie hyper réussi.
Attaquant par une incontournable « Paimpolaise » aux accents vocaux à la Gotainer, l'ensemble séduit d'entrée. Magistralement soutenu par une imposante équipe de musiciens, Detressan, a l'art de bien passer le message : 30 ans après le 33 tours de Serge Kerval, Botrel méritait cette confirmation (réhabilitation?), faite aussi de « nouveautés » dénichées dans l'oeuvre imposante de l'aïeul. Vivement la suite !
Gérard Classe
www.myspace.com/renauddetressan
Page "Interview" du Télégramme du 7 août 2009
Dans son nouvel album, «Airs de famille», Renaud Detressan reprend des chansons de son illustre grand-père, Théodore Botrel. «La Paimpolaise» est bien sûr au rendez-vous, dans une version country-folk dépoussiérée. D'autres titres, comme «Le navire du forban», ne dépareraient pas dans le répertoire de Soldat Louis. Sous le pseudonyme de Garry Wicknam, Renaud Detressan est l'auteur des paroles du groupe lorientais, lancé il y a plus de vingt ans. Soldat Louis aussi possède un air de famille avec Théodore Botrel...
Comment avez-vous choisi les chansons ?
Dans votre version, «La Paimpolaise» brille d'un éclat nouveau. Avez-vous beaucoup retouché l'originale ?
La «vraie» fait une quinzaine de couplets. Je l'ai réduite à trois. Je me suis aussi permis de changer la fin, parce que dans une version country, je ne voulais pas que ça finisse mal. J'ai aussi un peu modifié le texte d'une autre chanson, «Les filets vides». Il était tellement mélo que ça en devenait pesant. Et puis, je suis sûr qu'aujourd'hui, Pépé les aurait écrites comme ça ! J'ai été rassuré par la lettre d'une cousine. En commentant l'album, elle m'écrivait avoir été très émue et elle m'a noté cette phrase qui m'a touché: «Tu es très fidèle dans l'infidélité».
On découvre de multiples aspects de votre grand-père qu'on ne soupçonnait pas forcément : il y a les chansons tendres, mélancoliques, mais aussi une chanson à boire, «La Fanchette», un chant de marin, «Le navire du forban», et cette chanson engagée, «Le couteau»...
"Le couteau", c'est l'exemple-type de ce qu'on appelle la chanson réaliste. Il y a d'un côté le riche, de l'autre le pauvre, et elle s'achève par une morale en guise d'avertissement : «Vous dormirez en paix, ô riches, vous et vos capitaux, tant que les gueux auront des miches, où planter leur couteau.»
Y a-t-il des chansons que vous avez redécouvertes sous un jour nouveau en vous les appropriant ?
C'est le cas de «Goélands et goëlettes». Quand j'étais enfant, je ne pouvais pas la supporter, alors qu'aujourd'hui, c'est quasiment ma préférée. Mais il faut resituer le contexte. J'ai passé mon adolescence à Pont-Aven, dans l'espèce de castel familial qui avait appartenu à mon grand-père, - que je n'ai bien sûr pas pu connaître puisqu'il est mort en 1925. Il a eu ses enfants très tard et ma mère n'avait que deux ans quand il est mort. Pour les cars de touristes allant à Pont-Aven, c'était devenu une habitude de s'arrêter visiter notre maison. Ma grand-mère ou mes parents servaient de guides. Mais s'ils étaient absents, c'était à moi de montrer «le bureau de Théodore Botrel», «le lit clos qui servait de bibliothèque à Théodore Botrel», « le piano de Théodore Botrel»... Franchement, même si on me donnait une petite pièce, ce n'était pas rigolo. En plus, comme notre famille était très connue dans Pont-Aven, les enfants avaient l'obligation de montrer l'exemple : pas de bêtises, pas de jean, être bien coiffés... À un moment, Pépé, je ne pouvais plus le supporter ! Ni sa chanson «Goélands et goëlettes» parce qu'au lancement de chaque Fête des Fleurs d'Ajonc à Pont-Aven - fondée par mon grand-père-, un trio de chanteuses l'interprétait devant notre maison. Pour l'occasion, on nous obligeait à nous tenir derrière elles en costume traditionnel breton. J'étais ado et je trouvais ça étouffant !
«Airs de famille» vous a-t-il réconcilié avec votre grand-père ?
Bien sûr. Et je suis encore loin de connaître l'intégralité des 800 à 1.000 chansons et poèmes qu'il a écrits ! Faire ce disque a été un vrai bonheur. Lorsque je l'ai terminé, j'ai eu un pincement parce que j'avais l'impression de quitter un univers et un personnage qui m'étaient chers. Théodore Botrel avait un humour qui me plaît bien. Il y a cette anecdote. Un jour, quelqu'un voulant le rabaisser en lui rappelant ses origines modestes, lui avait demandé de qui il descendait. Il avait répondu : «Moi ? Je monte d'un forgeron !» Je me suis retrouvé aussi désemparé en finissant «Airs de famille» que lorsque je boucle une série de chansons de Soldat Louis. En tant qu'auteur cette fois, je raconte alors l'histoire d'un gars qui n'est pas moi, parce que je ne suis ni marin, ni tatoué, ni buveur de bière. Seulement, c'est un bonhomme que j'aime bien.
Théodore Botrel serait-il le grand-père spirituel de Soldat Louis ?
Les deux se rejoignent dans les chansons tendres, un peu marines et engagées. Sans Théodore Botrel, peut-être que je ne me serais pas aventuré à écrire les chansons de Soldat Louis. En tout cas, il est clair que je n'aurais pas écrit de la même manière. Et maintenant que j'ai eu tout loisir de revisiter ses poésies, ses mélodies et ses chansons, je suis très enthousiaste pour écrire les paroles du prochain album de Soldat Louis, que je dois achever pour la fin de l'année. En fait, je suis un escroc de première (rires) : je lui ai piqué plein d'idées à ce monsieur-là (NDLR : il désigne la photo de son grand-père) !
«La couleur du vent», dernier album original que vous avez sorti sous le nom de Renaud Detressan, a quatre ans. À quand son successeur ?
Il est déjà écrit, mais je trouve l'ensemble un peu trop nostalgique. Alors je vais attendre de le compléter par d'autres chansons.
Vos concerts actuels se partagent entre ceux que vous donnez avec Soldat Louis et Ren Ren. En quoi consiste cette deuxième formation ?
C'est un duo country-cajun où, avec Jean-Paul Barrière, nous interprétons des chansons à nous et des reprises de Ferrat, Jo Dassin, Bashung... Pour nous, c'est une récréation qui nous permet aussi de changer d'univers.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
REPÈRES
Naissance. Le 16 novembre 1956 à Lorient.
Discographie. «On est comme on est » (1981), «Y'aura toujours quelqu'un...» (1982), «Carré noir» (1986), «La couleur du vent» (2005), «Airs de famille» (juillet 2009). Dix albums avec Soldat Louis depuis 1988. Un album avec Ren Ren (1990).
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Awen Magic Land
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Armens. "A tort et à travers"

(AZTEC/COOP BREIZH)
Très attendu par ses inconditionnels, le quatrième album de la «bande à Alex » est arrivé au beau milieu de l'été. Plein soleil un peu tardif mais bien réchauffant, dans la parfaite lignée d'un style confirmé.
« À tort et à travers », fourmille de titres frères jumeaux dans les arrangements et la constante dominante violon-batterie-accordéon. Sans parler de la voix identitaire, plaisante et bien en avant d'Alex. Sans chercher absolument le coulé d'écriture de nos grands auteurs, les textes n'en sont pas moins parlants. Tout du moins à la génération la plus concernée. Mais les autres écoutent aussi avec plaisir.
Gérard Classe
12:02 Publié dans Edition 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : armens, "a tort et à travers", folk-rock français, grand prix du disque du télégramme
Trielen & Jutta Carstensen
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Too Soft. "Breakfast songs"

(EMI)
Paris, juin 2008: Abd Al Malik remet le trophée Coup de Coeur du tremplin national Keolis à TooSoft. Depuis, le duo folk de la région brestoise a travaillé en studio avec les musiciens de Tahiti Boy & The Palmtree Family, le batteur Jean Thevenin (Cocosuma, Soko), le chanteur de Domingo à la mandoline, le trompettiste d'Olivia Ruiz et la tromboniste de Ray Charles. Une belle aventure que Pol et Virginie peuvent désormais partager partout en France depuis la sortie de «Breakfast songs».
Leur répertoire? Des titres pop-folk acoustiques (en anglais dans le texte), «soft» certes, mais pas «trop». Plus enjoués que mélancoliques en tout cas. Ukulélé, mandoline, cuivres et xylo colorent gaiement des mélodies aux sonorités proches du monde de l'enfance, sur lesquelles les voix se croisent en harmonie parfaite. Rien d'étonnant à cela, les deux chanteurs s'accordent depuis plus de dix ans. Si on les compare déjà à Cocoon, leurs influences sont plutôt à chercher sur la scène belge du côté de K's Choise notamment.
Catherine Richard
Interview parue le 30 juillet 2009 dans la série "Bretagne multisonore" du Télégramme
Too Soft. Chanson folk délicate et enjouée
Pol et Virginie : l'histoire est belle et n'a rien d'un roman. Après le public brestois, leurs chansons folk aux sonorités enfantines ont séduit Abd Al Malik et le jury du tremplin Keolis 2008. Depuis, un sept titres est sorti chez EMI. Nouvelle rencontre de notre série «Bretagne Multisonore»...
Comment vous présenteriez-vous à quelqu'un qui ne vous connaît pas?
VIRGINIE: Nous sommes un duo de pop-folk plutôt tranquille et on vient de Plabennec. On est amis à la base. On joue ensemble depuis le collège.
Sortir un premier CD chez EMI Music, c'est fort pour un jeune duo. Qui vous a donné les clefs de la maison?
POL: C'est maman (rires)! En fait, c'est elle qui m'a parlé du tremplin Keolis auquel on a participé l'an dernier. On s'est inscrit sans trop y croire et finalement, on s'est retrouvé parmi les dix finalistes à Paris et on a terminé premier ex-aequo avec 100 Transitions de Quimper. On devait gagner l'enregistrement d'un single, mais comme plusieurs de nos chansons leur plaisaient, on a sorti un sept titres («Breakfast songs»).
Vous avez travaillé en studio avec Tahiti Boy et pas mal de musiciens. Aimeriez-vous élargir la formation?
VIRGINIE: Oui, on aimerait bien former un groupe, s'appuyer au moins sur une base basse-batterie et un piano. Après, pour le fun, ce serait cool de jouer avec un trompettiste. On peut vraiment s'amuser sur scène avec des cuivres. Donc oui, on est très partants pour TooSoft & the Family (rires)!
La revue Bretons vous a consacré une double page. Qu'est-ce qui vous rend le plus fiers: vos origines bretonnes ou le fait d'apparaître dans un magazine national ?
POL: Les deux! C'est vrai qu'on rappelle assez facilement qu'on vient de Plabennec, et pas de Brest ! Même si les gens trouvent ça bizarre de citer une commune pas forcément très connue.
VIRGINIE: Moi je vis à Brest, donc peu importe la ville à laquelle on nous rattache. C'est plus notre origine bretonne qui est importante. La région est tellement riche au niveau musical qu'on a vraiment envie de revendiquer notre identité.
Pensez-vous qu'elle ait des répercussions sur votre musique?
(Rires). POL: Pas encore mais pourquoi pas? Un peu de biniou sur un morceau... (Virginie ouvre grand les yeux). Non? Ou de la cornemuse, ça pourrait être chouette !
VIRGINIE: Au-delà de la musique, on a vraiment lié notre identité visuelle à la Bretagne. Nos photos ont été tirées dans le Finistère, dans des lieux qu'on aime bien, comme Landéda.
Malgré cet attachement, vous continuez à chanter en anglais. Pourquoi?
VIRGINIE: La chanson folk et la pop en anglais, c'est ce qu'on écoute le plus depuis toujours. Donc, quand on a commencé à composer, avec nos groupes précédents ou en duo, on s'est naturellement tourné vers l'anglais. Ça correspond à nos influences.
Lesquelles précisément ?
POL: K's Choise au départ.
VIRGINIE: Ados, on a eu une période Oasis, forcément ! Un peu comme tout le monde. Mais très vite on a commencé à reprendre Radiohead, Silverchair. On aime aussi dEUS, Girls in Hawaï... Pas mal de groupes belges en fait. Mais à la base, on a vraiment été influencé par K's Choise.
Textes anglais, folk acoustique, un gars-une fille... Ça rappelle un autre duo. Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vous accusent de plagier Cocoon?
POL: Qu'on existait déjà avant de les connaître! C'est une sacrée coïncidence, parce qu'on a composé nos premiers morceaux plusieurs mois avant de les entendre à la radio. Nous avons été surpris nous-mêmes de la ressemblance. Mais je ne pensais pas qu'on allait en faire autant sur la comparaison. La chronique qui est passée dans Volume, des Inrocks, ne parle que de l'image, des visuels, des noms de nos chansons... Même pas de la musique !
VIRGINIE: Il y a sans doute des influences communes. Mais eux ne nous ont pas directement inspirés puisqu'on ne les connaissait pas. Notre style s'est créé naturellement et depuis déjà un bout de temps. On n'a jamais cherché à copier qui que ce soit.
Et parmi les bons échos, qu'est-ce qui vous touche le plus ?
VIRGINIE: Ce que le public a l'air d'aimer, c'est le fait d'être porté dans un autre univers, un univers musical un peu nostalgique, qui fait référence à l'enfance. Ça fait plaisir parce que c'est ce qu'on voulait dès le départ. Rappeler aux gens de bons souvenirs, les amener dans un monde qui a existé, mais qu'ils peuvent réinventer en permanence.
Imaginons que tout est possible: avec qui rêveriez-vous de collaborer?
VIRGINIE: Le groupe n'existe plus mais un concert avec K's Choise, ça aurait été sympa! Autrement, PJ Harvey.
POL: Jack Johnson, j'aimerais beaucoup. Et Matt Costa.
Propos recueillis par Catherine Richard
11:11 Publié dans Edition 2009 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : too soft, "breakfast songs", folk, grand prix du disque du télégramme
Alan Stivell. "Emerald"
(KELTIA III/HARMONIA MUNDI)
Page "Interview" du Télégramme du 14 octobre 2009
Alan Stivell. "Un album à 360 degrés"
Le vert et le bleu me sont chers depuis l'enfance. J'imagine qu'ils correspondent à des besoins personnels, psychologiques, peut-être. J'ai vécu en ville, et ces couleurs compensaient certainement ma frustration par rapport à la campagne et au bord de mer. Il y a aussi, bien sûr, ma relation aux pays celtiques qui sont noyés de vert et de bleu. Ajoutons le fait que j'ai toujours été écolo, ça finit par faire beaucoup d'arguments en faveur du vert. Enfin, les noces d'émeraude («emerald» en anglais, ndlr) sont celles qui célèbrent 40 ans de mariage. Or, en 2010, cela fera 40 ans que sera sorti «Reflets», mon premier album professionnel et chanté. La couleur émeraude a fini par s'imposer naturellement pour ce nouvel album.
Le côté anniversaire. J'en ai profité pour faire le tour de la maison. Ce n'est pas une compilation, mais un album de création, qui va d'un extrême à l'autre, sur 360º. On trouve à un moment un poème chanté très cool, ailleurs une sorte d'oratorio avec choeurs et cornemuses, des petites touches électro et hip-hop çà et là parce que ce sont aussi des couleurs que j'ai déjà utilisées, et même du rock destroy, comme dans «Gael's Call» et dans «Goadec rock». Le rock est aussi très important dans ma vie, il fait partie des mamelles qui m'ont nourri. Cette grande variété d'expressions musicales reflète des états d'âme, des sentiments extrêmement différents.
J'utilise beaucoup plus souvent le breton que le français, même si je sais que le breton demeure une langue mystérieuse pour l'immense majorité des gens. Aussi, lorsque je chante en français, c'est souvent pour mettre les points sur les i. Je ne recherche alors pas le second degré. «Brittany's» est un morceau où l'on peut exprimer dans la bonne humeur sa fierté d'être breton. La chanson renvoie symboliquement à la notion de la Bretagne dans le monde, en rappelant que l'une ne va pas sans l'autre. Le monde sans la Bretagne n'existe pas, pas plus que la Bretagne n'existe sans le monde. C'est parfois utile de le rappeler. Et puis, «Brittany's» est un morceau festif. Je ne ferai jamais un concert uniquement avec des bis, ce n'est pas dans ma personnalité. Mais si je ne faisais aucun bis, avec des chansons comme «Tri Martolod» par exemple, le public serait un peu frustré et moi aussi. L'esprit de «Brittany's» correspond à ces fins de concert, tellement bonnes à savourer.
Oui, j'ai envie de les partager parce que ce sont ces chants qui m'ont construit. Dans l'album, je reprends «Eiblhlin / Eileen A Roon» parce que je me suis souvenu que ça a été le tout premier chant gaélique que j'ai entendu lorsque j'étais enfant. Je l'avais découvert dans la version d'une Irlandaise qui s'accompagnait à la harpe, Mary O'Hara. «Lusk», ou «An Hirañ Noz», dont je donne ma version dans l'album, étaient aussi des chansons hyper populaires il y a cinquante ans. Tellement que je n'avais jamais voulu les enregistrer auparavant, cela aurait été presque bateau. Seulement, le contexte a changé, et ce qui relevait d'évidences pour beaucoup de gens de ma génération s'est perdu. Le fait de jouer ces morceaux aujourd'hui fait réapparaître leur beauté en leur donnant une nouvelle fraîcheur.
Si elle n'occupe pas une place énorme, la harpe est bien présente dans l'album, mais au même titre qu'un autre instrument. Par exemple, ce qu'on pourrait prendre pour de la guitare électrique dans le kan ha diskan que je fais avec Dom Duff, «Tamm ha Tamm», c'est de la harpe. Ce morceau «Harplinn» est une illustration de la modernité. Je n'aurais jamais pu le faire il y a quarante ans. Parce que le système des loops, qui me permet d'enregistrer un thème en boucle et d'improviser dessus, n'existait pas. Ici, j'ai joué une base rythmique de danse plinn. J'ai improvisé dessus en totale liberté, en me laissant porter vers des climats africains, blues, écossais... Tout ce qui m'inspirait sur le moment.
Déjà la joie d'avoir rencontré un public qui a dit banco à mes passions et qui me suit toujours. Au départ, rien n'était acquis. Je craignais d'avoir des goûts trop particuliers pour pouvoir les communiquer à beaucoup de gens. Par bonheur, le grand public m'a contredit et c'est évidemment une joie énorme ! Un des beaux exemples récents, ce sont les 14.000 personnes présentes au concert que j'ai donné à Paimpol en août dernier. Sinon, bien sûr, ma plus grande joie, c'est d'avoir pu faire passer mon amour de la Bretagne à travers ma musique, tout simplement.
Aujourd'hui, c'est effectivement devenu une évidence de ne plus avoir honte d'être breton. Il y a 40 ans, on aurait plutôt dit «sans honte, on sera breton». Même s'il reste encore du chemin à parcourir avant de pouvoir considérer la Bretagne à égalité avec d'autres pays comme l'Écosse et le Pays de Galles, en demandant un budget équivalent pour l'assemblée régionale, en imposant des normes en matière de respect de la langue... Quant à la finale au Stade de France, j'ai pris un plaisir incroyable à m'imposer pour aller chanter le «Bro gozh» juste après la remise de la coupe. Le public a répondu : ça a été une sensation très forte! Il y a plusieurs manières d'exprimer qu'on n'a pas honte d'être breton : en arborant notre drapeau, le gwenn ha du, mais aussi en chantant notre hymne. Je suis convaincu que cette extraordinaire soirée de finale aura marqué le lancement de la troisième vague bretonne, après celles des années 70 et 90. Voire la quatrième, si l'on considère que la création des bagadoù dans les années 40 était la première. La vague est lancée, maintenant, il faut espérer la transformation (rires) !
Propos recueillis par Frédéric Jambon
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Didier Squiban. "L'estran"

(L'OZ PRODUCTION)
Trois ans après votre album «La plage», vous sortez «L'estran». Votre inspiration demeure-t-elle maritime ?
Complètement. L'estran, je le vois tous les jours de chez moi. Avec ses changements permanents, la mer demeure une source constante d'inspiration. Même si ça reste subjectif, c'est de la musique ! J'ai pris aussi l'habitude de donner à mes disques le nom du lieu où je les enregistre. Celui-ci l'a été dans la salle de L'Estran à Guidel, dont je suis le parrain. Il s'est fait en partie en public, et toujours dans les conditions du live.
Votre formule en sextet, avec deux percusssionnistes, est hybride. Pourquoi ce choix ?
On trouve régulièrement des formules avec batterie et congas, par exemple, mais je n'ai jamais vu d'association entre tablas et udus comme ici. Ce sont de petites percussions très fines. Je trouve qu'elles sonnent bien avec le piano et la contrebasse. Il y a aussi la trompette de Geoffroy Tamisier... Vous avez remarqué le morceau qui s'appelle «L'étale» ? La première note qu'il joue à l'arrivée du thème, on dirait vraiment du Miles Davis ! Miles et Bill Evans seront toujours pour moi de grandes références.
«L'estran» a des parfums world avec ses échappées vers l'Inde, mais aussi bretons, latins, classiques. À quelle famille musicale le rattachez-vous ?
C'est un album de jazz dans l'esprit. Parce que j'amène les thèmes et que je donne des directions. Mais après, chaque musicien apporte son langage et ses couleurs dans un esprit d'ouverture. Le morceau «Danse Pourlet» s'appuie sur un thème traditionnel breton mais part vers des climats latins. De même que «L'estran part II» est une sorte de bossa-nova et que «Par un beau soir» a des côtés samba.
Vous avez découpé l'album en cinq suites. Chacune développe-t-elle un esprit particulier ?
Oui, les ambiances sont complètement différentes. J'ai écrit la suite 2 pour mon fils Armel qui est décédé. L'esprit est forcément différent des autres. Le «Prélude» qui l'ouvre est la première chose que j'ai écrite après sa disparition. Les quatre autres morceaux de cette suite évoluent vers la célébration de la vie, avec notamment «Danse à Ila» que j'ai écrite pour ma petite nièce, adorable, qui a quatre ans. Tout au long de cette suite, on retrouve quatre notes en leitmotiv. Elles reviennent tout le temps, mais sont présentées différemment. Un peu comme dans une sonate ! Cette suite 2 est celle qui a le plus de références classiques. «Prélude» et «Valse» sont dans l'esprit de Chopin, «Fugue» renvoie à Bach. «Impromptu» pourrait faire référence à Schubert sauf que ça n'a rien à voir avec sa musique. Ce morceau est une improvisation collective à partir de sons de machines.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
10:43 Publié dans Edition 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : didier squiban, "l'estran", grand prix du disque du télégramme, piano
The Craftmen Club. "Thirty six minutes"

(LA OUACHE PRODUCTIONS / PIAS)
Depuis près de dix ans, le trio originaire de Guingamp dégaine un garage blues rock saignant, puisé aux meilleures sources US. Ces «36 minutes» renouvellent le son du «Club des Artisans», sans trahir l'esprit des débuts. Furieuses à souhait quand Steeve, le chanteur-guitariste, Marc le bassiste et Yann le batteur décident de lâcher les chevaux («I can't get around»), les chansons savent aussi s'accommoder de nuances folk-rock (avec banjo) et de clins d'oeil à Ennio Morricone («Death song»). Révolution : même si les chorus restent en anglais, The CraftmenClub chantent aussi deux titres en français («Gary Blood», «Les chiens»). En négociant avec aisance l'obstacle de la langue.
F.J.
www.myspace.com/thecraftmenclub
Interview parue le 2 juillet 2009 dans la série "Bretagne multisonore" du Télégramme
The CraftmenClub. «On fait du rock'n roll»
Le rock-folk garage puissant des Guingampais de The CraftmenClub électrise même les Japonais. La rencontre avec Steeve, le chanteur-guitaristeet Yann, le batteur du trio, ouvre le cycle de notre série estivale : «Bretagne multisonore».
Comment vous présenteriez-vous à quelqu'un qui ne vous connaît pas?
STEEVE. On fait du rock'n roll et on vient de Guingamp. Nous avons fondé le trio avec Yann en 2000. Marco est notre bassiste depuis cinq ans. Quand les gens veulent plus de précisions, on se définit comme un groupe de prototype rock'n roll music. Notre premier album date de 2005. Il a été diffusé dans le Grand Ouest. Le 2 février dernier, nous en avons sorti un second, «36 minutes» (NDLR: prononcer à l'anglaise). Il a tout de suite reçu un bel accueil public et critique...
YANN. Cette fois, le disque a bénéficié d'une sortie nationale et nous avons une structure derrière nous. Ça rend l'album beaucoup plus visible. Il nous ouvre d'autres portes dont celles de gros festivals.
Êtes-vous à une période charnière?
STEEVE. C'est ce qu'on ressent. Le groupe est en voie de professionnalisation. Beaucoup de gens ont l'impression que «36 minutes» est notre premier disque, mais nous, on sait d'où on vient. Ça progresse tranquillement, par paliers.
Votre album balance un rock garage très énergique ouvert au folk et au blues. Comment composez-vous les morceaux?
YANN. Souvent, Steeve arrive à notre local de Pontrieux avec une idée de chanson, des bribes de paroles en anglais. Il apporte la base de départ, après tout se crée collectivement.
STEEVE. La moitié du disque pourrait être qualifiée de folk speedé. On a toujours aimé mettre un peu de banjo, cela rajoute de la couleur. Nous avons en commun d'écouter tous les trois, entre autres choses, du folk américain. Le fond vient de là. Personnellement, j'apprécie Johnny Cash, Nick Drake, Nick Cave, ce côté folk sombre qui raconte des histoires.
On retrouve le personnage de Gary Blood dans différentes chansons de votre dernier disque. Qui est-ce?
STEEVE. Quelqu'un dont les parents ont été mystérieusement assassinés... On le retrouve dans trois morceaux, dont celui en français justement intitulé «Gary Blood».
Chanter en français est une nouveauté pour vous. Allez-vous progressivement renoncer à l'anglais?
STEEVE. Non, parce que c'est la langue du rock. Nos textes sont toujours écrits en anglais: «Gary Blood» est une adaptation française de la première version qu'on a faite. Maintenant, rien n'est fermé, ça peut être bien aussi pour les gens de comprendre les paroles.
Où tournez-vous?
YANN. On assure la promo du disque un peu partout en France et le mois dernier, on est même allé jouer à Tokyo. Les Japonais sont un super public, au taquet du début à la fin du concert!
The CraftmenClub est réputé pour ses prestations scéniques explosives. Comment vivez-vous vos concerts ?
STEEVE. D'une manière hyper énergique du début à la fin. Lui (montrant Yann), tape sur sa batterie, moi je fais le con devant (rires)! Je vais voir les gens dans la salle, les fais monter sur scène, pour participer à cette folie! On se lâche. C'est un foutoir général, un exutoire pour eux comme pour nous.
Votre clip sur le titre «I Can't Get Around», tourné au Théâtre du Champ au Roy à Guingamp, est édifiant sur l'état dans lequel vous mettez le public!
YANN. Le réalisateur, Henri-Jean Debon, qui vient du cinéma, a fait une super performance en un temps record! On avait lancé un appel pour trouver des figurants. Les 70 personnes du clip sont venues d'aussi loin que Fougères et Rennes. Elles se sont données à fond en enchaînant une vingtaine d'heures de pogo sur deux jours !
Propos recueillis par Frédéric Jambon
10:35 Publié dans Edition 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rock, the craftmen club, "thirty six minutes", grand prix du disque du télégramme
Alan Simon. "Anne de Bretagne"

(BABAIKA/RUE STENDHAL DISTRIBUTION)
200 interprètes, 31 titres originaux, plus de deux heures de musiques allant de l'esprit Renaissance au rock : l'album-événement d'AlanSimon consacré à Anne de Bretagne vient de sortir.
Avec «Gaïa» et «Excalibur», pour ne citer que des réalisations récentes, le Nantais AlanSimon a démontré sa capacité à concrétiser des projets ambitieux que des esprits moins entreprenants auraient pu juger fous. Les 31 titres originaux du double CD «Anne de Bretagne», dont il est l'auteur-compositeur, sont le premier aboutissement de sa nouvelle aventure. Elle mobilise 200musiciens, dont des noms prestigieux : Fairport Convention, Les Holroyd (Barclay James Harvest), Nilda Fernandez, Ange, Giorgio Conte, Tri Yann, Didier Squiban, Pat O'May... Chacun incarne un personnage historique auquel il prête sa voix ou son instrument. «J'ai choisi les interprètes en fonction de la perception que j'avais du personnage qu'ils incarnent, précise AlanSimon. Ainsi, avec sa sensibilité, son dynamisme, son côté sensuel et très rock, Nilda Fernandez correspond à l'idée que je me fais de Ferdinand II d'Aragon, qui était l'oncle d'Annede Bretagne ».
Christian Descamps a hérité du rôle de François II, dernier duc de Bretagne, son fils Tristan joue le roi de France Charles VIII, Jean-Louis Jossic son frère Louis XII, qui lui succédera tant sur le trône qu'au bras d'Anne. La Bretonne était une femme sensible et cultivée, curieuse des avancées de son temps (1477-1514). Elle eut notamment des échanges avec Léonard de Vinci, auquel Giorgio Conte prête sa voix dans l'album.
Pour le rôle-titre, AlanSimon avoue avoir longtemps cherché. «Il me fallait une femme-enfant, possédant une forte personnalité et une belle voix». Dès qu'il est entré en contact avec la chanteuse-harpiste Cécile Corbel (voir les deux vidéos qui lui sont consacrées), il a compris qu'il tenait enfin l'héroïne de son opéra-rock. Un terme générique, puisque musiques ancienne, symphonique et celtique, folk et pop s'enchaînent et se répondent tout au long de l'oeuvre. Les interprètes s'expriment en français, mais aussi en anglais, espagnol, italien, latin et breton. L'opus contient des chansons au fort potentiel de tubes : celles qu'interprètent Les Holroyd et Nilda Fernandez par exemple. Mention spéciale à «Moi le maudit» de Tristan Descamps, digne des comédies musicales à succès. Mais c'est lorsque la voix de Cécile Corbel s'élève que l'émotion est la plus palpable. Quand, dans «Anna Vreizh», elle chante «Je laisse mon coeur en Bretagne» (au sens propre, dans son reliquaire en or !), sur une mélodie de toute beauté, elle touche l'auditeur en profondeur. Disponible dès maintenant, l'album préfigure le spectacle qui sera donné les lundi 29 et mardi 30 juin 2009 à Nantes. Dans le cadre idéal pour l'événement : au château des Ducs de Bretagne.
F.J.
Page "Interview" du Télégramme du 24 juin 2009
Alan Simon. "Anne mérite bien un rock opéra"
C'est un personnage culte - la dernière duchesse de Bretagne ! - et pourtant elle reste très méconnue. Alors qu'on voit des noms de places, de rues, d'hôtels, des marques de bière ou de gâteaux à son nom, j'ai réalisé qu'on continuait d'ignorer son histoire. En m'intéressant à elle, j'ai découvert une jeune femme opiniâtre, courageuse, déterminée, très têtue, qui était aussi passionnée par la poésie et les arts. Je trouve que la duchesse illustre bien cette idée d'une Bretagne culturelle généreuse, ouverte sur le monde. J'ai été tellement bouleversé par sa destinée, par la fragilité de cette femme-enfant, que je me suis dit qu'Anne méritait bien un rock opéra. Parce qu'elle est très rock'n roll, son histoire (rires) !
Non, parce que c'est une grande fresque. Il y a ici un orchestre symphonique, un choeur d'opéra, des instruments folk, rock, Renaissance... C'est toujours très excitant et stimulant pour moi de travailler avec beaucoup de musiciens, même si je suis coutumier du fait. J'aime ça, vraiment !
D'abord, j'ai lu toute l'histoire d'Anne de Bretagne, j'ai consulté des archives à Nantes, Rennes, à la Bibliothèque Nationale de Paris, à Gènes en Italie... J'ai choisi d'illustrer sous forme de chansons et d'instrumentaux trente dates-clés de sa vie à travers la vieille Europe, de sa naissance en 1477 à sa mort en 1514. On passe du duché de Bretagne aux royaumes de France, d'Italie, d'Espagne, d'Angleterre et à l'empire germanique, qui louchaient tous sérieusement sur la Bretagne à l'époque ! J'ai resitué les liens qu'Anne avait avec tous ces rois - dont les deux de France, Charles VIII et Louis XII, qui furent ses époux successifs - en même temps que les enjeux culturels et politiques dont elle faisait l'objet. J'en ai profité également pour faire intervenir des personnages comme Michel-Ange, Léonard de Vinci et Christophe Colomb qui étaient ses contemporains. C'était une époque incroyable !
En fonction de la perception que j'avais du personnage qu'ils incarnent. Ainsi, avec sa sensibilité, son dynamisme, son côté sensuel et très rock, Nilda Fernandez correspond à l'idée que je me fais de Ferdinand II d'Aragon. Il était l'oncle d'Anne de Bretagne, et par ailleurs le financeur des expéditions de Christophe Colomb. On oublie qu'elle était d'ascendance espagnole. Pour Louis XII, qui était un séducteur plein de gouaille, très énergique, Jean-Louis Jossic, de Tri Yann, est parfait. En plus, ça lui fait les pieds de devenir roi de France (rires). Non, je plaisante. Avec l'autre chanteur de Tri Yann, Jean-Paul Corbineau qui, lui, incarne Philippe de Montauban, l'ensemble du groupe a joué le jeu avec beaucoup de passion, d'humour et de gentillesse. J'ai proposé au groupe britannique Fairport Convention, avec lequel j'ai déjà souvent travaillé, de jouer collectivement le personnage du roi Edward IV, qui était un allié précieux de la Bretagne ! Et c'est l'Italien Giorgio Conte qui prête sa voix à son compatriote Léonard de Vinci.
Je dois avouer que c'est pour trouver Anne de Bretagne que j'ai le plus ramé. Il me fallait une femme-enfant possédant une forte personnalité et une belle voix. On m'a parlé en Bretagne de Cécile Corbel que je ne connaissais pas. J'ai écouté ses albums et j'ai été stupéfait par son talent, sa maturité artistique, et le côté international de sa production. Lorsque je l'ai rencontrée, j'ai été conquis par cette jeune femme pure, très honnête et à l'écoute. De plus, elle est perfectionniste comme elle me l'a prouvé pendant l'enregistrement. Entre notre premier contact et le studio, elle avait lu plein de bouquins sur le sujet. Je trouve qu'on a une Anne de Bretagne étonnante!
Elle pratiquait quelques instruments comme tous les princes et princesses de l'époque qui avaient une éducation musicale poussée, mais pas de harpe. Elle parlait plusieurs langues : le latin, l'ancien français, un peu d'anglais et d'espagnol. Par contre, même si je fais chanter des titres en breton à Cécile Corbel, elle ne parlait pas cette langue, qui restait celle des paysans. Sûrement en comprenait-elle quelques mots. Elle avait un niveau culturel très élevé pour l'époque, contrairement d'ailleurs à ses maris les rois de France. Ils avaient une réputation d'hommes à femmes. Ce qu'Anne, qui avait une idée pointue de la fidélité, vivait apparemment très mal.
Il y a quatre titres de plus que dans l'album, soit un total de trente-cinq. Musicalement, Fairport Convention va faire une relecture peut-être plus jazz rock celtique de certains morceaux ! À la différence du disque, il y a surtout un narrateur qui permet au public de bien suivre l'histoire. Le rôle est tenu par ce grand acteur qu'est Jean-Claude Dreyfus. Il va camper un chroniqueur un peu fou, très shakespearien. L'orchestre symphonique l'accompagnera. C'est un spectacle total, en costumes d'époque, avec des danses médiévales et un combat d'épée symbolisant la tristement célèbre bataille de Saint-Aubin-du-Cormier où six mille Bretons et alliés sont morts sur la lande en 1488. Je profite de la chance d'avoir le Conservatoire national d'escrime ancienne à Nantes ! Le champion de France y participera.
Roque Ségovia réalise une extraordinaire mise en lumières. La grande scène de 24 m d'ouverture sera devant le logis d'Anne de Bretagne. Sa façade du tout début de la Renaissance servira par moment d'écran de projection. Ce sera extrêmement émouvant de jouer dans ce château des ducs de Bretagne, où Anne a vécu. D'autant plus que ce sera le premier spectacle qui y sera donné depuis sa rénovation. La ville de Nantes apporte une aide précieuse, tout comme le département de Loire-Atlantique, la région Pays de Loire et Armor Lux, seul investisseur privé dans l'aventure autre que moi.
J'espère une tournée de cinq à dix dates entre le printemps et l'été 2010. En attendant, les spectacles de Nantes seront filmés. Le DVD sortira en novembre prochain.
L'excellente nouvelle est qu'un producteur allemand a eu un coup de coeur pour ce spectacle et l'a programmé cet été au château de Kaltenberg, près de Munich. La première date du 24 juillet étant déjà complète, avec 10.000 places vendues, une seconde a été ajoutée le lendemain. «Excalibur» est une trilogie. Nous venons de caler avec Fairport Convention, toujours à la base du projet, les dates d'enregistrement du troisième et dernier album : en octobre, vraisemblablement en Italie. Le disque sera différent des deux autres, dans la mesure où ce ne sera plus une succession de chansons. Il y aura quatre titres forts - enfin j'espère (rires) ! -, et quatre grands mouvements symphoniques, avec de nombreux instruments celtiques.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
REPÈRES
Naissance. Le 3juillet 1964 à Nantes.
Discographie. «Le Petit Arthur» (1995), «Les Enfants du Futur» (1996), «Excalibur - La légende des Celtes» (1998), «Excalibur - Le concert mythique» (2000), «Gaia» (2003), «Excalibur II - The Celtic Ring» (2007), «Anne de Bretagne» (sorti le 19 mai 2009).
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(KELTIA MUSIQUE)