18.10.2009
Renaud Detressan. "Airs de famille"

(COOP BREIZH)
Le Soldat Louis Gary Vicknam, alias Renaud Detressan, petit fils de Théodore Botrel, s'y est enfin collé. Sollicité à maintes reprises par Michel Drucker pour mettre un coup de neuf sur les chansons de son grand-père, il en sort un album d'anthologie hyper réussi.
Attaquant par une incontournable « Paimpolaise » aux accents vocaux à la Gotainer, l'ensemble séduit d'entrée. Magistralement soutenu par une imposante équipe de musiciens, Detressan, a l'art de bien passer le message : 30 ans après le 33 tours de Serge Kerval, Botrel méritait cette confirmation (réhabilitation?), faite aussi de « nouveautés » dénichées dans l'oeuvre imposante de l'aïeul. Vivement la suite !
Gérard Classe
www.myspace.com/renauddetressan
Page "Interview" du Télégramme du 7 août 2009
Dans son nouvel album, «Airs de famille», Renaud Detressan reprend des chansons de son illustre grand-père, Théodore Botrel. «La Paimpolaise» est bien sûr au rendez-vous, dans une version country-folk dépoussiérée. D'autres titres, comme «Le navire du forban», ne dépareraient pas dans le répertoire de Soldat Louis. Sous le pseudonyme de Garry Wicknam, Renaud Detressan est l'auteur des paroles du groupe lorientais, lancé il y a plus de vingt ans. Soldat Louis aussi possède un air de famille avec Théodore Botrel...
Comment avez-vous choisi les chansons ?
Dans votre version, «La Paimpolaise» brille d'un éclat nouveau. Avez-vous beaucoup retouché l'originale ?
La «vraie» fait une quinzaine de couplets. Je l'ai réduite à trois. Je me suis aussi permis de changer la fin, parce que dans une version country, je ne voulais pas que ça finisse mal. J'ai aussi un peu modifié le texte d'une autre chanson, «Les filets vides». Il était tellement mélo que ça en devenait pesant. Et puis, je suis sûr qu'aujourd'hui, Pépé les aurait écrites comme ça ! J'ai été rassuré par la lettre d'une cousine. En commentant l'album, elle m'écrivait avoir été très émue et elle m'a noté cette phrase qui m'a touché: «Tu es très fidèle dans l'infidélité».
On découvre de multiples aspects de votre grand-père qu'on ne soupçonnait pas forcément : il y a les chansons tendres, mélancoliques, mais aussi une chanson à boire, «La Fanchette», un chant de marin, «Le navire du forban», et cette chanson engagée, «Le couteau»...
"Le couteau", c'est l'exemple-type de ce qu'on appelle la chanson réaliste. Il y a d'un côté le riche, de l'autre le pauvre, et elle s'achève par une morale en guise d'avertissement : «Vous dormirez en paix, ô riches, vous et vos capitaux, tant que les gueux auront des miches, où planter leur couteau.»
Y a-t-il des chansons que vous avez redécouvertes sous un jour nouveau en vous les appropriant ?
C'est le cas de «Goélands et goëlettes». Quand j'étais enfant, je ne pouvais pas la supporter, alors qu'aujourd'hui, c'est quasiment ma préférée. Mais il faut resituer le contexte. J'ai passé mon adolescence à Pont-Aven, dans l'espèce de castel familial qui avait appartenu à mon grand-père, - que je n'ai bien sûr pas pu connaître puisqu'il est mort en 1925. Il a eu ses enfants très tard et ma mère n'avait que deux ans quand il est mort. Pour les cars de touristes allant à Pont-Aven, c'était devenu une habitude de s'arrêter visiter notre maison. Ma grand-mère ou mes parents servaient de guides. Mais s'ils étaient absents, c'était à moi de montrer «le bureau de Théodore Botrel», «le lit clos qui servait de bibliothèque à Théodore Botrel», « le piano de Théodore Botrel»... Franchement, même si on me donnait une petite pièce, ce n'était pas rigolo. En plus, comme notre famille était très connue dans Pont-Aven, les enfants avaient l'obligation de montrer l'exemple : pas de bêtises, pas de jean, être bien coiffés... À un moment, Pépé, je ne pouvais plus le supporter ! Ni sa chanson «Goélands et goëlettes» parce qu'au lancement de chaque Fête des Fleurs d'Ajonc à Pont-Aven - fondée par mon grand-père-, un trio de chanteuses l'interprétait devant notre maison. Pour l'occasion, on nous obligeait à nous tenir derrière elles en costume traditionnel breton. J'étais ado et je trouvais ça étouffant !
«Airs de famille» vous a-t-il réconcilié avec votre grand-père ?
Bien sûr. Et je suis encore loin de connaître l'intégralité des 800 à 1.000 chansons et poèmes qu'il a écrits ! Faire ce disque a été un vrai bonheur. Lorsque je l'ai terminé, j'ai eu un pincement parce que j'avais l'impression de quitter un univers et un personnage qui m'étaient chers. Théodore Botrel avait un humour qui me plaît bien. Il y a cette anecdote. Un jour, quelqu'un voulant le rabaisser en lui rappelant ses origines modestes, lui avait demandé de qui il descendait. Il avait répondu : «Moi ? Je monte d'un forgeron !» Je me suis retrouvé aussi désemparé en finissant «Airs de famille» que lorsque je boucle une série de chansons de Soldat Louis. En tant qu'auteur cette fois, je raconte alors l'histoire d'un gars qui n'est pas moi, parce que je ne suis ni marin, ni tatoué, ni buveur de bière. Seulement, c'est un bonhomme que j'aime bien.
Théodore Botrel serait-il le grand-père spirituel de Soldat Louis ?
Les deux se rejoignent dans les chansons tendres, un peu marines et engagées. Sans Théodore Botrel, peut-être que je ne me serais pas aventuré à écrire les chansons de Soldat Louis. En tout cas, il est clair que je n'aurais pas écrit de la même manière. Et maintenant que j'ai eu tout loisir de revisiter ses poésies, ses mélodies et ses chansons, je suis très enthousiaste pour écrire les paroles du prochain album de Soldat Louis, que je dois achever pour la fin de l'année. En fait, je suis un escroc de première (rires) : je lui ai piqué plein d'idées à ce monsieur-là (NDLR : il désigne la photo de son grand-père) !
«La couleur du vent», dernier album original que vous avez sorti sous le nom de Renaud Detressan, a quatre ans. À quand son successeur ?
Il est déjà écrit, mais je trouve l'ensemble un peu trop nostalgique. Alors je vais attendre de le compléter par d'autres chansons.
Vos concerts actuels se partagent entre ceux que vous donnez avec Soldat Louis et Ren Ren. En quoi consiste cette deuxième formation ?
C'est un duo country-cajun où, avec Jean-Paul Barrière, nous interprétons des chansons à nous et des reprises de Ferrat, Jo Dassin, Bashung... Pour nous, c'est une récréation qui nous permet aussi de changer d'univers.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
REPÈRES
Naissance. Le 16 novembre 1956 à Lorient.
Discographie. «On est comme on est » (1981), «Y'aura toujours quelqu'un...» (1982), «Carré noir» (1986), «La couleur du vent» (2005), «Airs de famille» (juillet 2009). Dix albums avec Soldat Louis depuis 1988. Un album avec Ren Ren (1990).
15:36 Publié dans Edition 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : renaud detressan, "airs de famille", grand prix du disque du télégramme, théodore botrel, chanson









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