15.12.2008
Clarisse Lavanant. "Les filles comme moi"
(AUTOPRODUCTION)
Site : www.myspace.com/clarisselavanant
INTERVIEW PUBLIEE LE 12 JUIN 2008 DANS LE TELEGRAMME
La voix claire, veloutée, puissante et nuancée de Clarisse Lavanant résonne avec la même beauté sur les grandes scènes du Japon que dans l'intimité des chapelles bretonnes. En vacances de comédie musicale, la chanteuse morlaisienne de 28 ans présente son troisième album. Il s'intitule « Les filles comme moi ». On les rêverait très nombreuses.
Votre nouvel album, « Les filles comme moi », réunit 17 chansons. Les musiques à dominante folk sont légères, aériennes, même lorsque le propos devient grave. Souhaitiez-vous faire un album « roots », sans fard ?
Complètement. La relation qu'on entretient avec un album est quelque chose de très intime. L'idée était d'entrer dans le salon des gens, de proposer un disque épuré. J'ai eu envie d'y mélanger les grands courants qui m'ont nourrie : la chanson française, à la base de ma culture depuis l'adolescence, et les musiques celtiques. Je ne les trouve pas antinomiques.
On reconnaît même au passage des mélodies traditionnelles.
Ce sont des mélodies qui correspondent à des thèmes que je portais en moi depuis longtemps. Sur l'air du traditionnel anglais « Scarborough Fair », j'ai écrit « L'amour en guerre ». La force et la profondeur de sa mélodie m'ont aidée à aborder un thème qui me tenait à coeur : celui des enfants du divorce.
Parmi les autres thèmes du disque, on note la féminité, les amours heureuses ou impossibles, les filles rêveuses comme celles de votre chanson-titre. Mais vous n'avez pas voulu vous cantonner seulement dans l'intime ?
Non. J'avais envie de dire des choses qui me ressemblent mais aussi d'autres qui me touchent, même si elles ne parlent pas de moi. Dans « À toi et ceux », par exemple, j'évoque l'exil de mon grand-père parti travailler dans une grande ville à une époque où ce n'était pas très bien vu de dire qu'on était breton. Il y a aussi « Little boy », sur Hiroshima.
Pourquoi avoir réalisé le disque vous-même ?
J'ai 28 ans, cela fait dix ans que je chante, c'est mon troisième album, alors j'ai senti que c'était le moment d'être un peu la patronne (rires). J'ai eu aussi la chance de bénéficier de collaborateurs très à l'écoute.
Comment votre album est-il distribué ?
Il ne l'est pas. Les gens peuvent le commander sur mon site MySpace (*). Maintenant, en magasin, on disparaît tout de suite des rayons. Alors pour les jeunes artistes qui ne bénéficient pas d'une promo énorme, MySpace offre une fenêtre superbe. C'est Melaine Favennec qui dit que le savoir-faire, ça représente 30% de la réussite d'un artiste, et le faire-savoir, 70%. Sur mon site, j'ai 300.000 visites, 200.000 écoutes, je suis contente. Je vends également le disque à la fin de mes concerts de la Ronde des Chapelles.
Quelle est la formule de cette série de concerts dans des chapelles bretonnes ?
Je chante a capella. C'est encore plus épuré que sur le disque ! Le spectacle se situe entre le conte et la chanson. Je parle beaucoup avec le public, j'explique un peu la genèse des morceaux. Dans cette Ronde, je mélange quelques chansons de mon premier album, quelques autres du second, beaucoup du troisième et j'ajoute également des extraits des « Dix Commandements ».
C'est difficile de trouver un contraste plus marqué qu'entre vos spectacles dans les chapelles et le méga-show de la comédie musicale de Chouraki et Obispo où vous incarnez Séphora, la femme de Moïse...
C'est complémentaire, je suis toujours un peu entre ces deux extrêmes. Dans les chapelles, j'ai une liberté totale, impensable lorsqu'on est 70 personnes sur scène. Je ne peux pas partir en improvisation si un danseur arrive à un moment très précis (rires)... Et puis jouer devant 8.000 personnes, c'est tout de suite énorme, on ressent une espèce d'euphorie !
Comment avez-vous intégré la troupe des « Dix Commandements » ?
Par hasard, je ne cherchais pas spécialement à faire de la comédie musicale. Je venais de sortir mon premier album quand on m'a proposé une audition. J'y suis allée et ne l'ai pas regretté ! Cela m'a permis de progresser vocalement. Tous les soirs, on interprète des chansons dont certaines sont vraiment lyriques. En travaillant en troupe, on apprend beaucoup sur l'univers des autres et à cohabiter sur scène comme dans la vie. Lorsqu'on part en tournée à l'étranger, - les dernières fois, c'était en Corée du Sud et au Japon -, on est tout le temps ensemble : c'est intense ! Et comme on joue beaucoup, souvent deux fois par jour, sans s'arrêter pendant deux mois, cela constitue un bon entraînement. Il m'est utile pour la Ronde des Chapelles. Si je n'avais pas fait « Les dix Com' », j'aurais douté de pouvoir tenir le rythme d'un concert par soir.
Yael Naim était votre partenaire dans la comédie musicale. Quels commentaires vous inspire son explosion avec le tube « New Soul » ?
Je trouve son histoire super positive. Parce que c'est quelqu'un qui chante depuis déjà longtemps, qui a pas mal ramé mais qui n'a fait que ce qui lui plaisait, sans compromis. Elle a créé ses chansons dans son salon : une musique très dépouillée, très vraie. Ça fait vraiment plaisir qu'une musique comme ça cartonne, sans marketting.
Avez-vous déjà créé un titre ensemble ?
Oui, Yael m'a écrit la musique d'une chanson de mon précédent album, « J'irai dire ».
Quand écrivez-vous vos chansons ?
J'écris un peu tous les jours, et surtout la nuit. Dans l'écriture, on est avec soi, en soi, alors que dans le chant, on délivre. L'écriture, c'est l'inspiration, et chanter, c'est l'expiration. J'ai besoin des deux.
Vous évoquiez votre chanson « À toi et ceux », dont Dan Ar Braz a écrit la musique et qu'il a créée sur son album portant ce titre. Votre complicité artistique est telle qu'il affirme que s'il était Voulzy vous seriez son Souchon...
Pas mal (rires) ! C'est quelqu'un qui me touche beaucoup. Je l'ai connu par l'intermédiaire de Michel Haumont, qui avait réalisé mon premier album. Au moment du second, Michel m'a dit que ce serait bien que je rencontre Dan Ar Braz parce qu'il pensait que nous avions une couleur à partager. Au départ, Dan ne voyait pas trop ce qu'il pourrait faire avec une fille dont le premier album sonnait assez variété. On s'est rencontré en 2003, après une représentation des « Dix Commandements » à Brest. Il m'a demandé un texte. Je lui ai confié « La fin de la terre ». Très vite, il m'a rappelé en me disant : « Quand j'ai lu le texte, j'ai compris ». Il avait fait une musique. Dans la foulée, il m'en a confié deux autres sur lesquelles j'ai écrit des paroles qu'il a intégrées. Son album est sorti en premier puis il a réalisé le mien, « Vers l'imaginaire ».
Avez-vous d'autres collaborations en cours ?
On est toujours en contact. Quand il a envie de dire quelque chose, il m'envoie un thème de chanson. Et moi quand j'ai un texte, je me dis, celui-là, j'ai envie de l'envoyer à Dan. C'est arrivé encore récemment : un texte qui parle des vents contraires et questionne sur le fait qu'on soit si multiple à l'intérieur d'une seule et même personne !
Propos recueillis par Frédéric Jambon
11:20 Publié dans Edition 2008 | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Grand Prix du Disque du Télégramme, chanson française, les Dix Commandements, Dan Ar Braz, Clarisse Lavanant








Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://prixdudisque.blogs.letelegramme.com/trackback/33895
Commentaires
Clarisse, poursuis ton grand voyage de rêve et reviens aux grèves de Rostiviec, un soir de Juillet, comme s'il ne pleuvait pas.
Tu es belle, continue !
Pierre Adrien
Ecrit par : Pierre Adrien | 09.01.2009
Félicitations Clarisse, même si le publio n'était pas au RV ce fût une soirée merveilleuse à Trégarantec dans cette superbe chapelle. Bonne continuation. Ton site est super et l'amitié avec Philippe Guével ne peut que vous être bénéfique. Annie.
Ecrit par : Marzin Annie | 13.06.2009
Chère Clarisse, il est rare que je garde les yeux secs quand j'écoute votre voix limpide dire vos mots si bien écrits. Que de sensations en vous écoutant. On se surprend à croire être votre ami depuis toujours tant vous savez créer un lien fort dans vos concerts. Vous avez accepté de venir chanter dans notre Jura pour notre association de musique et c'est déjà un grand honneur. Le 24 octobre 2009 à Clairvaux les Lacs, nombreux seront, comme moi, ceux qui auront les yeux brillants, de bonheur et d'émotions.
Michel
Ecrit par : michel louillet | 06.09.2009
Ecrire un commentaire