18.12.2008

Gérard Delahaye. "1 + 1 = 3"

aee9f5e64f8eef1bee925fc60e503bc7.jpg(DYLIE/COOP BREIZH)

 

Site : www.gerarddelahaye.com

 

INTERVIEW PARUE LE 18 DECEMBRE 2008 DANS LA PAGE MUSIQUES DU TELEGRAMME

 

Les enfants l’adorent. Les ados l’oublient, mais c’est pour mieux le retrouver lorsqu’ils fondent leur famille. Gérard Delahaye va encore régaler trois générations avec son 22e et nouvel album : « 1 + 1 = 3 ».

Votre nouvel album est-il ciblé pour les tout petits ?
Ciblé, c’est un grand mot, parce que les chansons arrivent comme ça. Après, en fonction du vocabulaire et de la musique, je ressens si c’est plutôt pour des plus petits ou pour des plus grands.
Dans ce disque, j’ai essayé de regrouper des chansons pour les enfants d’âge « maternelle » - non pas les deux/trois ans qui préfèrent de petites ritournelles très courtes -, mais pour les élèves de ce qu’on appelle maintenant le « cycle 1 ». Il va de la grande section au CP. Disons que ça peut plaire aux quatre/sept ans. Même si les frontières ne sont pas aussi précises que ça ! Je connais une fille de CM2 qui adore chanter ces chansons, sans d’ailleurs oser l’avouer.
Avez-vous testé vos dernières chansons en spectacle ?
Quelques-unes, mais j’y vais à dose homéopatique. Je n’en insuffle pas six ou huit d’un coup. Je dois trouver à quel moment je peux les mettre. La place d’une chanson importe beaucoup : c’est un peu un être vivant, un récital.
Lesquelles avez-vous déjà introduites ?
« 1 + 1 = 3 », « Pour devenir grand », « Un gros pépé jardinier ». J’ai même essayé « Le pennsoner du bagad de Kérinou », celui qui devient tout rouge (rires) !
J’ai aussi récemment joué les deux chansons en breton pour des classes bilingues. Elles marchent très fort, surtout « Buzhugenn » : un tube absolu (rires) !
Et votre chanson « Des moutons dans la baie » - pardon, « dans la bêêêê » ?
Ça passe très vite : c’est l’éclat de rire !
Qu’est-ce qui rend une chanson « jeune public » ?
J’essaie de construire une mélodie simple, d’avoir un ambitus - c’est-à-dire l’espace entre la note la plus haute et la plus basse - pas trop élevé. Il faut aussi du rythme, même si pour les petits, la douceur est également très importante. J’essaie de ne pas mettre de mots compliqués, et des mots qui chantent, assemblés de manière musicale.
Et puis il faut un refrain, c’est évident.
Maintenant, il ne suffit pas d’appliquer ces règles pour que cela fasse une chanson. C’est ça le mystère !
Alors, par quoi commencez-vous ?
Presque toujours par la mélodie. C’est elle qui va dégager une émotion. Elle appelle une histoire ou une poésie. Je pense que la mélodie est plus importante que ce que ça raconte. En fait, je me sens plus mélodiste que parolier. Sans oublier toutefois que les jeunes enfants sont très sensibles au texte !
Vous chantez aussi pour les adultes, seul ou en trio avec vos complices Ewen et Favennec. Abordez-vous la scène de la même manière ?
Non. Je chante pour les enfants les yeux ouverts et pour les adultes les yeux fermés. Avec les enfants, on ne peut pas se permettre d’entrer dans son monde intérieur et de les laisser venir. Il faut aller les chercher tout le temps, et ne pas les lâcher des yeux parce que ça pourrait vite être l’émeute (rires) !
J’aimerais un jour faire des spectacles très tranquilles, mais je n’y arrive pas encore. Je voudrais aussi faire plus de chansons un peu « trash ». Il y a une tentative dans le nouveau disque avec « Mimi et les rails ». Ça me plairait de devenir plus politiquement incorrect, comme les Anglo-saxons savent le faire en pratiquant l’humour noir avec les gosses. Mais j’ai encore du mal !
Cultiver sa part d’enfance, est-ce la meilleure manière de rester jeune ?
Cela m’aide beaucoup, ça m’apporte de la légèreté. Au début des années 80, lorsque je chantais pour des adultes, j’étais sombre et déchiré et mettais ma problématique dans mes textes. La chanson jeune public m’a appris que la scène était aussi un lieu où on pouvait s’amuser. J’ai pris de la distance avec moi-même, découvert des espaces imaginaires que je n’aurais pas explorés autrement. En fait, la chanson pour enfants, paradoxalement, ça m’a fait grandir.


Propos recueillis par Frédéric Jambon

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