10.12.2008
Thomas Fersen. "Trois petits tours"
(TOT OU TARD)
Site : www.thomasfersensiteofficiel.com
INTERVIEW PARUE LE 17 SEPTEMBRE 2008 DANS LE TELEGRAMME
« Trois petits tours », le nouvel album de Thomas Fersen, est un disque gigogne où une valise peut en contenir une autre et une autre... Après les animaux et les fous, le poète ludique et loufoque nourrit nos imaginaires d’objets à fortes personnalités. Un vrai délice !
Dans votre nouvel album, « Trois petits tours », il est beaucoup question de valises et de malle. Souhaitiez-vous faire un disque sur les voyages ?
La première chanson que j’ai écrite pour cet album est « Germaine », qui est le nom d’une valise. Elle m’a ouvert la piste d’une deuxième chanson, puis d’une troisième et ainsi de suite. L’idée d’une chanson émanant de la précédente, je ne peux pas dire que la notion de voyage ait été un concept de départ. C’est plutôt un constat rétroactif. En même temps, je ne décris pas de grands paysages. Ce sont des voyages d’intérieurs : intérieur d’une valise et intérieurs des lieux où je transite.
« Germaine » existait-elle ? Et a-t-elle connu le destin brutal que vous chantez ?
Oui, elle existait, mais elle n’a pas fini avec autant de panache que dans la chanson (NDLR : où la sécurité de l’aéroport de New York la fait exploser tandis que son propriétaire s’absente aux toilettes). En fait, après quinze années communes, où elle m’a servi d’oreiller et de confidente, où sa présence me rassurait dans des décors hostiles (rires) , sa fermeture éclair a définitivement lâché. Elle a craqué parce que je la remplissais un peu trop. Entre autres en y rangeant mon ukulélé.
Vous consacrez aussi une chanson à votre ukulélé. Qu’est-ce qui vous plaît tant dans cet instrument ?
Il a beaucoup de charme et de fantaisie. Il est petit, et c’est un instrument d’accompagnement, qualité essentielle pour un auteur-compositeur comme moi. Depuis que Joseph Racaille m’a présenté un ukulélé en 1996, je l’ai apprivoisé. Il m’a fallu du temps, parce que c’est un instrument à forte personnalité, qui doit se faire oublier lorsque l’on compose. Pour la première fois avec « Germaine », j’ai réussi à créer entièrement une chanson au ukulélé. Dans la foulée, j’en ai fait de même pour tous les autres titres du disque.
Qu’est-ce qui déclenche en vous l’envie d’écrire une chanson ?
Une idée, qui serait comme le morceau de laine d’une pelote sur lequel j’aurais envie de tirer. Parce que je sens qu’il y a matière à continuer, même si je ne sais pas où tout ça va me mener. Il faut que ce soit vers quelque chose d’amusant et de surprenant.
Vous tenez à cet aspect surprise dans vos chansons ?
Oui, parce que je pense que c’est ce qui donne à mon travail une certaine gaieté. Je piste la fantaisie avec gourmandise. Je cherche des idées un peu cocasses, voire grotesques. Et si elles m’amusent déjà moi-même, pourquoi ne pas les raconter ? La fantaisie est une bonne façon d’ouvrir les portes de l’imaginaire, d’exciter l’esprit d’une façon plaisante.
D’où vous vient cette fantaisie ?
Je crois qu’elle remonte au rôle que je me donnais dans la cour d’école, où je cherchais à dire des choses un peu à côté pour amuser les copains. Et ça continue : dès que je me retrouve associé à quelques garçons, dans une loge, en automobile ou en train, j’ai toujours cet esprit d’essayer de chercher des histoires un peu décalées... C’est mon humour, ma forme de convivialité.
C’est à peine si on croise une mouche dans votre nouvel album. Les objets vous inspirent désormais plus que les animaux ?
J’ai déjà donné de la place aux objets dans le passé. Dans une chanson comme « La chauve-souris », je parle aussi beaucoup d’un parapluie. Les objets me permettent de me renouveler. De toute façon, ils ne sont eux aussi que des accessoires pour raconter des histoires d’humains. Je trouve touchante cette façon qu’ont des gens d’attribuer une personnalité et de donner leur affection à des objets.
Vous-même affectionnez les vêtements. Sur la pochette du nouvel album, vous portez robe, chemise à jabot, haut-de-forme surmonté d’une plume... Vous baladez-vous comme ça ?
Pourquoi pas ? Pourquoi les hommes ne mettraient-ils pas de robe ? Ils en portent d’ailleurs dans certains pays, que ce soit en Afrique du Nord, en Turquie autrefois, en Chine. C’est confortable. L’idée de la pochette était de présenter un personnage vagabond qui aurait survécu à un désastre. On imagine une fin de civilisation où il aurait pris des vêtements trouvés dans un coffre de déguisement. Cela ne l’empêche pas de s’habiller avec dignité. La robe ne fait pas du tout travesti de cabaret à Pigalle, elle est de style assez victorien. Et avec la barbe, le chapeau et la jaquette, le portrait reste très masculin.
« Trois petits tours » a des couleurs rumba, reggae, country, on y entend du ukulélé, une fanfare, de la guitare hawaïenne... Pourquoi une telle palette musicale ?
C’est le choix de Fred Fortin. C’est un auteur-compositeur-interprète du Lac-Saint-Jean, au Québec, à qui j’ai confié les arrangements et la réalisation de l’album. Je l’admire depuis longtemps. Je me sens déjà proche de lui en tant qu’auteur. Lui aussi a un certain sens du décalage, même si son univers est plus cru, plus rude que le mien. Et c’est un excellent musicien, très respecté au Québec, doublé d’un caractère entier d’une grande intégrité. Je lui donnais mes chansons où je m’accompagnais simplement au ukulélé. Autant dire qu’elles étaient nues, même si elles étaient déjà bien structurées. Il les a habillées entièrement à partir de là. Et je n’ai rien changé, parce que tout m’a plu. Fred Fortin et un batteur du Lac-Saint-Jean m’accompagneront pendant ma tournée.
Entre les tournées, vous séjournez régulièrement à Locquirec. Qu’appréciez-vous particulièrement en Bretagne ?
Les lumières, les paysages, la côte, l’intérieur aussi : le changement est brutal, lorsqu’on fait quelques kilomètres, on passe vraiment dans un autre monde. Et puis j’aime Locquirec, cela fait des années que j’y viens et j’y ai des amis très chers. Ma fille y a grandi. Elle y a vécu toute son enfance, son adolescence. Ce sont des années qui comptent. Je viens d’avoir un petit garçon. Lui aussi va apprécier cette maison. La configuration même du village et de la pointe, où les enfants peuvent circuler sans qu’on les perde, leur offre une liberté extraordinaire.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
REPÈRES
Naissance. Le 4 janvier 1963 à Paris. Le chanteur adoptera une v i n g t a i n e d’années plus tard le pseudonyme de Fersen, sur une suggestion paternelle. Alex de Fersen était l’amant supposé de Marie-Antoinette.
Discographie. Premier 45 tours : « Ton héros Jane » (1988). Albums : « Le Bal des oiseaux » (93), « Les ronds de carotte » (95), « Le jour du poisson » (97), « Qu4tre » (99), « Triplex (2001), « Pièce montée des grands jours (2003), « La Cigale des grands jours » (2004), « Le pavillon des fous » (2005), « Best-of de poche : Gratte-moi la puce » (2007), « Trois petits tours » (chez tôt Ou tard/2008).
18:35 Publié dans Edition 2008 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Thomas Fersen, chanson française, Grand Prix du Disque du Télégramme









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