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27.01.2008
Tri Yann. "Abysses"
(SONY/BMG)
INTERVIEW DE TRI YANN PARUE LE 24 OCTOBRE 2007 DANS SORTIES
PLONGEE DANS L'IMAGINAIRE SOUS-MARIN
37 ans plus tard, Tri Yann tient toujours bon la barre. Dans son nouvel album, « Abysses », le groupe nantais délaisse
loup, renard et belette pour partir à la rencontre des créatures qui peuplent le fond des mers. Jean-Louis Jossic, l’un des
trois Jean « historiques », signe les paroles du disque. Il les interprétera bientôt en concert dans sa tenue de crustacé,
entrecoupant les chansons de contes dont il a le secret. Il a évoqué cette nouvelle aventure avec nous.
« Abysses », est une plongée dans l’imaginaire sousmarin. Est-ce l’album où Tri Yann s’est le plus
mouillé ?
Exactement. Parce que c’est la première fois où l’on a tout fait du début à la fin : paroles, musiques, arrangements pour les cordes et les cuivres... Il n’y a rien de traditionnel dans « Abysses », même si, tant musicalement que dans l’écriture des textes, l’inspiration demeure traditionnelle. On s’est également mouillé dans le traitement du son. Comme ça se passe au fond de l’eau où le son ne peut pas être le même qu’à la surface, dans l’oxygène, on a utilisé des samples, des effets électro... Ils constituent une espèce de fil rouge entre les morceaux.
Finalement, il y a autant de choses à raconter sous que sur les flots...
C’est vrai que le sujet est vaste. Le monde sous-marin demeure un univers inconnu et mystérieux ! On a décidé du thème en sortant l’album précédent, « Marines », conçu comme la première partie d’un diptyque. Plutôt que d’appeler la seconde « Sous-marine », on a choisi le mot « Abysses », qui fait quand même moins gag.
Pourquoi consacrer la première chanson à Neptune ?
Par souci d’ouvrir sur un morceau qui l’apaiserait, histoire de ne pas déclencher son courroux. Je suis nantais et la devise de la ville est « Favet Neptunus eunti », ce qui peut se traduire par « Neptune favorise les voyageurs ». Mais on parle ici du Neptune positif, celui qui apporte gloire et fortune. En faisant mes recherches pour écrire les paroles du nouvel album, j’ai redécouvert à quel point il pouvait aussi être méchant ! C’est quand même lui qui déclenchait les tempêtes...
Vous évoquez aussi des faits réels. Pourquoi consacrer une chanson au drame du « Lancastria » ?
Parce que c’est la catastrophe maritime la plus meurtrière de tous les temps et qu’elle a eu lieu en 1940 au large de Saint-Nazaire. C’est un fait réel, un sujet dramatique, comme ceux que l’on traite en gwerz dans la tradition bretonne. Le nombre estimé des noyés va de 4 à 7.000.
Vous consacrez également une gwerz à la ville d’Ys, cette fois chantée en breton. Est-ce important pour Tri Yann d’interpréter des textes en breton ?
Oui parce qu’à notre avis, on ne peut évoquer la Bretagne, même en étant haut-breton, s’il manque une de ses deux langues dans le disque. Pour nous, c’est une nécessité. Et c’est également une fierté. Avec un total de 3,3 millions de disques, Tri Yann est le groupe qui a vendu le plus d’albums incluant des paroles en breton. Nous estimons avoir un devoir de sensibilisation dans la région, en France, en Europe et dans le monde en montrant que cette langue existe et qu’elle est belle !
Quels autres critères doivent être réunis pour qu’un album sonne Tri Yann ?
Que les chansons, même lorsque ce sont des créations, s’inscrivent dans le style d’expression de la tradition bretonne. Il y a des émotions comparables à celles des gwerzioù, comme « Le Lancastria ». D’autres morceaux plus futiles correspondent aux moments de danses, avec des thèmes très répétitifs. On a fait d’autres emprunts à la tradition dans « Abysses » : une chanson-gigogne, « Dans la lune au fond de l’eau », une autre sur le thème des métamorphoses, « Gavotten ar seizh ». Pour écarter un amant importun, une jeune fille se transforme en dauphin. Lui dit : si tu deviens dauphin, je me ferai filet pour te capturer. Elle : si tu deviens filet, je me ferai rocher pour te déchirer, etc. Je me suis inspiré directement d’une chanson traditionnelle du Pays nantais.
Côté musique, même si l’ancrage est traditionnel et baroque, vous utilisez aussi des cordes, du rock, de l’électro. Vous n’excluez rien ?
Non, parce que ça s’est toujours passé comme cela. La première des traditions bretonnes, c’est la création ! La musique
bretonne n’a pas grandi en vase clos par générations spontanées. Elle s’est développée dans un contexte européen et
mondial. On est un pays de marins ! Nos ancêtres ne se posaient pas la question de savoir si un instrument avait été inventé en Bretagne lorsqu’ils souhaitaient l’adopter et en jouer de leur propre manière. Il n’est pas plus révolutionnaire
aujourd’hui d’utiliser la guitare électrique ou l’électro en musique bretonne qu’il ne l’a été pour un paysan d’adopter le violon des Italiens afin de rythmer un andro et une gavotte.
Avec ses 37 années d’existence, Tri Yann est le doyen des groupes français. Comment s’explique une telle longévité ?
D’abord par le fait qu’au départ, on est une bande de potes. Ce n’est pas un groupe issu d’un casting dont les membres
se tapent dessus dès qu’arrive la démode qui suit la mode. Une autre raison, c’est qu’on a géré tout dès le début comme une entreprise, en s’occupant de nos destinées de A à Z. Nous n’avons pas d’agent artistique. C’est Jean Chocun, l’un des trois Jean du départ, qui est au bureau à passer les coups de fil pendant qu’on écrit les arrangements
qu’il va ensuite interpréter. Il y a ce côté autogestion où chacun a un rôle concret. Les décisions sont prises de façon collégiale, tout est déclaré en nom collectif, Tri Yann. Même si c’est moi qui écris les paroles, c’est aussi important que quelqu’un d’autre assure la compta et que cette personne touche des droits sur les paroles. Nous sommes nos producteurs, nous avons notre propre studio, nous n’avons jamais été dépendants de quinconque, et surtout pas des requins qui peuplent ce métier et pas seulement le fond des océans.
Enfin, dès le début, on a toujours attaché une très grosse importance à la scène, en intégrant les armes spectaculaires des autres musiques.
Quels nouveaux costumes préparez-vous pour la tournée « Abysses » ?
Moi, je serai un crustacé, un mélange de homard, de crabe, de tout ce qu’on veut. Il y a également un costume représentant la mer d’une manière conceptuelle, un coquillage, une méduse, une licorne d’argent et même un diable-évêque. Pour faire peur - et se moquer de la religion -, les marins du Moyen-Age disaient à leurs copains qu’ils en avaient croisé un. Ils le décrivaient comme un poisson incroyable, couvert d’écailles avec une tête d’évêque !
Propos recueillis par Frédéric Jambon
Site officiel : http://edoll.free.fr
06:35 Publié dans Edition 2007 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Tri Yann, Grand Prix du Disque du Télégramme, musique bretonne, folk-rock
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