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07.12.2006

Gilles Servat. "Je vous emporte dans mon coeur"

medium_CDSERVAT06.3.jpgPoète, conteur, humaniste épris de justice jusqu'à la colère, Gilles Servat est breton jusqu'au plus profond de l'âme. Son nouvel album est le témoignage bien vivant d'une oeuvre exceptionnelle qu'il construit depuis 35 ans. Un copieux livret illustré reproduisant les paroles des chansons accompagne le double CD. L'artiste nous a confié avoir pris beaucoup de plaisir à revisiter tout un pan de son répertoire.

Comment avez-vous sélectionné les 35 chansons qui composent le double CD ?

Nous avons demandé aux gens de nous citer leurs chansons préférées de mon répertoire par voie de presse, de radio et sur mon site internet. Plus de mille réponses sont parvenues. Cette façon de faire m'a bien plu parce que si j'avais dû choisir moi-même 35 chansons, cela aurait été très difficile. J'aurais perdu beaucoup de temps et eu des crève-coeurs à privilégier celle-là plutôt qu'une autre.

Les choix du public vous ont-ils surpris ?

Oui. J'étais par exemple très étonné de voir figurer « Demain » dans la sélection. C'est une chanson de mon second 33 tours qui s'inscrivait alors dans un contexte très engagé politiquement. Aujourd'hui, elle prend une résonance différente. Ainsi, lorsque je l'ai chantée cet été à Perros-Guirec, la situation était terrible au Liban et je l'ai dédiée aux Libanais. Il y a hélas toujours dans le monde des personnes qui vivent de grandes périodes de désespoir.

Dans lesquels de vos albums les gens ont-ils puisé des titres ?

Dans tous et même le dernier, « Sous un ciel de cuivre et d'eau », ce qui a aussi constitué une bonne surprise ! Ça prouve que « Bleuenn » ou « Le général des binious » ont tout de suite touché les gens. Ce qui m'étonne, c'est de voir figurer dans la liste des chansons qui ne sont pas d'une évidence absolue : « Sur les quais de Dublin » et d'autres comme cela...

« La blanche hermine » a failli être devancée en tête par la chanson qui donne son titre à l'album : « Je vous emporte dans mon coeur ». Quelle est son histoire ?

Elle est parue en 1982 dans mon disque « Je ne hurlerai pas avec les loups ». Je l'avais écrite dans le Midi. C'était pour la chanter sur place au terme d'une quinzaine de jours passés à jouer et rencontrer d'autres artistes et des villageois des environs du Mont Ventoux. Depuis, je l'interprète régulièrement. Elle a fini par prendre une dimension que je n'avais pas du tout prévue et qui m'échappe totalement. Beaucoup de gens se la sont appropriée et je sais qu'on la chante lors d'enterrements.

Sur le double CD, on retouve aussi des textes en breton. Auriez-vous choisi les mêmes ?

Quand j'ai vu figurer « Me zo ganet e kreiz ar mor », j'étais content. Parce que la musique est de Jef Le Penven et les paroles de Yann Ber Kalloc'h. C'est le livre de ce grand poète qui m'a décidé à apprendre le breton, à chanter en breton, et même à devenir chanteur tout court.

Toutes les chansons ont été réenregistrées au cours d'une dizaine de concerts que vous avez donnés cet été. Pour redonner une homogénéité à tous ces titres ?

Oui, cela n'aurait pas eu de sens de faire une compilation d'anciens titres. Je préfère la version de « Je dors en Bretagne ce soir » qu'on fait avec les super musiciens qui m'accompagnent maintenant. Et quand j'ai vu aussi que le public avait sélectionné « Liberté couleur des feuilles », j'ai trouvé ça génial. Je trouvais nul le précédent arrangement fait sur ce poème de René-Guy Cadou et sorti sur un vieux disque enregistré en public à Boulogne Billancourt.

Avez-vous déjà donné un concert où vous enchaîniez les 35 chansons de l'album ?

Non. Il aurait pu exister bien sûr, mais je me disais que ça aurait été trop long. Encore que cet été on a fait des concerts où il y avait trente chansons... Le disque nous a finalement poussé à enchaîner les chansons. A l'Olympia (le 12 novembre 2006), on a joué 23 morceaux en 1 h 3/4, ça s'est passé très vite.

Quel accueil y avez-vous reçu ?

Je crois que c'était un beau spectacle. A la fin, c'était un peu le délire. Sur « La blanche hermine », les gens dansaient partout ! Nolwenn Korbell a joué avant nous et je suis aussi très content que ça se soit si bien passé pour elle. Parce qu'elle n'avait pas choisi la facilité en faisant tout en breton à l'exception d'une chanson en français de Glenmor. Cela prouve qu'elle a de l'abattage : ça va faire très mal !

Propos recueillis par Frédéric Jambon

Site officiel : http://www.gilles-servat.com/actu.html

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